«Le changement climatique est sexiste» : comment la canicule attise les violences contre les femmes

Les records de température ne menacent pas seulement la santé, ils favorisent aussi les violences, en particulier envers les femmes. Un phénomène désormais bien documenté par la recherche, mais encore méconnu du grand public. On vous explique.
Résumé
Canicule et violences
Les fortes chaleurs, comme celles enregistrées en France dès juillet 2026 avec des températures dépassant 43°C dans le sud, sont associées à une augmentation des violences envers les femmes.
Ce lien est documenté par des recherches depuis environ 30 ans.
Les scientifiques ont notamment montré que chaque degré de réchauffement climatique supplémentaire (par rapport aux niveaux préindustriels, vers 1850) entraîne une hausse de 4,7 % des cas de violences conjugales.
Dans un scénario où la température mondiale augmenterait de 2°C d’ici 2100, cela pourrait concerner 40 millions de femmes supplémentaires victimes de violences chaque année.
En France, lors de la canicule de fin mai 2026, l’application Umay, qui permet de signaler des agressions de rue, a enregistré une hausse de 30 % des signalements, confirmant cette tendance locale.
Mécanismes biologiques
La chaleur agit sur le corps et l’esprit en perturbant des mécanismes biologiques.
Selon Kévin Jean, épidémiologiste à l’École normale supérieure, les fortes températures abaissent le seuil de tolérance à la frustration en déséquilibrant la production d’hormones comme la sérotonine (qui régule l’humeur et le bien-être) et la dopamine (liée à la motivation et au plaisir).
Le cerveau est également moins bien oxygéné, car le cœur travaille davantage pour évacuer la chaleur corporelle.
Les nuits, souvent agitées et peu réparatrices, aggravent fatigue et irritabilité.
Ces effets combinés augmentent le risque que des interactions quotidiennes, même anodines, deviennent conflictuelles et dégénèrent en violences.
Facteurs sociaux aggravants
Les épisodes de canicule modifient les habitudes sociales et renforcent les risques de violences conjugales.
Les sorties en extérieur se raréfient, confinant les victimes potentielles à domicile avec leurs agresseurs.
Une étude espagnole de 2018 a révélé que les fortes chaleurs augmentent de 28 % les risques de féminicide (meurtre d’une femme en raison de son genre).
Pauline Vanderquand, présidente de l’application Umay, souligne que la chaleur exacerbe la violence, mais rappelle que les auteurs en sont les seuls responsables.
L’ONG Care France, qui lutte contre les inégalités de genre, insiste sur le fait que ce n’est pas le climat chaud en soi qui favorise les violences, mais l’écart entre les températures habituelles et celles enregistrées lors des canicules.
Crises climatiques et patriarcat
Tous les événements météorologiques extrêmes liés au dérèglement climatique (sécheresses, inondations, incendies) intensifient les violences faites aux femmes.
Ces crises créent des instabilités économiques et sociales qui renforcent les structures de domination masculine.
Par exemple, lors de la sécheresse de 2022 en Éthiopie, le nombre de mariages forcés a augmenté de 119 %.
Les familles, confrontées à la perte de récoltes, marient parfois leurs filles en échange d’une dot pour subvenir à leurs besoins.
Les filles mariées avant 15 ans ont un risque 50 % plus élevé de subir des violences conjugales, selon une étude de 2017.
Adéa Guillot, porte-parole de Care France, résume cette dynamique en affirmant que « le changement climatique est sexiste ».
Actions et prévention
Face à ce phénomène, l’ONG Care France a lancé une campagne de sensibilisation à Paris en juillet 2026.
Des panneaux d’affichage montrent une femme dont le visage se couvre d’impacts à mesure que la température monte, illustrant l’augmentation des violences avec la chaleur.
L’association demande la mise en place de mesures spécifiques : messages d’alerte pendant les canicules, création de refuges pour les victimes, et formation des policiers à cette problématique.
Care France souligne aussi que les violences envers les femmes ne sont pas uniquement liées à la chaleur, mais aussi à des événements comme la Coupe du monde de football, qui peut faire bondir les signalements de violences conjugales de 26 % les soirs de match de l’équipe d’Angleterre, et jusqu’à 38 % après une défaite.
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