Raconter une thèse CIFRE, à vélo : retour in-situ sur les pratiques de collecte d’expériences à Place au Vélo Nantes
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Une thèse CIFRE (Convention Industrielle de Formation par la REcherche) est un doctorat réalisé en partenariat avec une entreprise ou une association, ici Place au Vélo Nantes, une association militante qui promeut l'usage du vélo en ville. L'auteur de l'article mène une recherche sur la participation des usagers et des représentants d'usagers à la conception des aménagements cyclables. Son objectif est de montrer comment les associations pro-vélo influencent la création des espaces urbains. Pour cela, il s'appuie sur trois niveaux de recueil d'expérience : ses propres savoirs expérientiels (issus de son enfance dans une famille de cyclistes, de son engagement militant et de sa pratique intensive du vélo), les missions opérationnelles de l'association qui collectent les retours des cyclistes sur la qualité des aménagements, et enfin l'expérience de l'association elle-même dans la collecte de ces données, qu'il observe et analyse pour sa thèse.
Pour présenter sa thèse de manière immersive, l'auteur utilise une méthode de restitution mobile inspirée des méthodes mobiles (Büscher, 2013), qui consistent à étudier un sujet en se déplaçant physiquement sur le terrain. Ici, il organise une visite à vélo des lieux étudiés, en compagnie d'un groupe de cyclistes, afin de discuter des controverses locales liées aux aménagements cyclables. Cette approche permet de contextualiser les espaces étudiés (géographie, usage, ambiance) et de répondre en temps réel aux questions des participants. Elle offre aussi l'avantage de tester la qualité des aménagements cyclables en conditions réelles, avec un groupe qui peut évaluer leur praticité. À Nantes, l'objectif de la métropole est d'atteindre 12 % de déplacements à vélo d'ici 2030, contre environ 6 % en 2024.
L'itinéraire proposé lors de cette visite à vélo traverse plusieurs sites emblématiques de Nantes, chacun lié à une controverse urbaine autour des aménagements cyclables. Le parcours commence au local de Place au Vélo, où l'association milite pour l'amélioration des pistes cyclables, comme l'axe Nord-Sud le long de la ligne de tramway n°2, critiqué pour ses limites de capacité depuis sa mise en service en 2010. Le groupe s'arrête ensuite sur le pont Saint-Mihiel, fermé aux voitures pendant la pandémie de Covid-19 grâce à un aménagement tactique (plots en béton), puis rouvert partiellement en 2021 sous la pression des commerçants et automobilistes, avant d'être définitivement réservé aux modes actifs en 2023. Le parcours se poursuit le long de l'Erdre, où le groupe observe les difficultés du prolongement de l'axe Nord-Sud (budget de plus de 3 millions d'euros), jugé peu pratique par les associations pro-vélo, et enfin un carrefour en travaux, symbole des tensions entre services municipaux (Mobilités Actives, Transports en Commun, Direction de l'Espace Public) pour concilier fluidité du trafic et sécurité des cyclistes.
L'auteur identifie trois niveaux de recueil d'expérience dans sa thèse. Le premier est son propre vécu, issu de son immersion dans le milieu cycliste (famille, engagement associatif, pratique intensive), qui lui confère une légitimité et une compréhension des codes du vélo. Le deuxième niveau concerne les missions opérationnelles de Place au Vélo, où l'association collecte les retours des cyclistes sur la qualité des aménagements, constituant ainsi une expertise d'usage du vélo en milieu urbain et périurbain. Le troisième niveau est l'expérience de l'association elle-même dans la collecte de ces données, que l'auteur observe et analyse pour sa thèse. Cette immersion dans le quotidien de l'association permet de recueillir des matériaux de recherche tout en participant activement à ses activités, dans une démarche de recherche-action où le chercheur est à la fois observateur et acteur.
Les controverses étudiées révèlent les tensions entre différents acteurs locaux autour des aménagements cyclables. Par exemple, la fermeture temporaire du pont Saint-Mihiel aux voitures, décidée pendant la pandémie, a suscité des débats entre associations environnementalistes, commerçants et automobilistes, illustrant les arbitrages politiques entre qualité de vie et fluidité du trafic. De même, le prolongement de l'axe Nord-Sud, critiqué pour son manque de praticité, montre comment les projets urbains peuvent être contestés par les usagers et les associations. Enfin, le carrefour en travaux met en lumière les conflits entre services municipaux (Mobilités Actives, Transports en Commun, Direction de l'Espace Public) pour concilier les besoins des cyclistes, des piétons et des véhicules motorisés. Ces exemples soulignent la complexité de la *fabrique du territoire* et les défis de la transition vers des modes de déplacement plus durables.

