À Ostie, sous le béton, la plage
Ostie fait partie de la commune de Rome. Elle est située sur le littoral, à 30 kilomètres de la capitale. L’endroit regorge de plages, qui, jusqu’à récemment, étaient presque toutes “privatisées” par les mêmes concessionnaires depuis des lustres. Or, après des années de bataille politique, ces conc…
Résumé
Ostie avant les travaux
Avant 2025, la plage d'Ostie, située près de Rome, était majoritairement contrôlée par des établissements balnéaires privés.
Ces derniers avaient érigé des murs (brise-vue maçonnés, en bois ou végétalisés) qui masquaient la mer aux yeux du public, transformant un espace normalement accessible à tous en une zone réservée.
En 2006, une directive européenne a interdit le renouvellement automatique des concessions accordées aux plagistes, imposant des appels d'offres.
En Italie, la loi de 2010 a aboli le droit de reconduction, prolongeant les concessions jusqu'en 2015 seulement.
Malgré cela, les propriétaires ont multiplié les recours juridiques, retardant les changements.
En 2021, le Conseil d'État italien a définitivement mis fin aux prorogations, mais les travaux n'ont commencé qu'en 2024 sous l'impulsion du maire de Rome, Roberto Gualtieri, qui a repris le contrôle des plages, auparavant gérées par la mairie d'Ostie.
Changement de modèle
Depuis 2025, la mairie de Rome a lancé des appels d'offres pour réattribuer les concessions balnéaires, introduisant pour la première fois une logique de concurrence.
Les nouvelles règles imposent un droit d'occupation de 2 % du chiffre d'affaires minimum, contre des loyers auparavant dérisoires, voire inexistants pour certains établissements comme le Kursaal ou l'Arcobaleno Beach, endettés respectivement d'un million et 523 000 euros.
Sur 60 établissements, seulement la moitié devrait rouvrir en 2027, entraînant la perte d'emploi pour environ 1 000 saisonniers.
L'objectif est de rendre 50 % des plages accessibles gratuitement et d'espacer les accès à la mer tous les 300 mètres.
Tobia Zevi, adjoint au maire, évoque un Plan d'utilisation des plages (PUA) pour encadrer ces changements.
Symboles et résistances
Parmi les symboles forts de cette transformation figure la démolition du Village, un établissement géré par le clan mafieux Fasciani.
Les travaux, confiés à une coopérative sociale, devraient permettre à de jeunes exploitants de gérer la plage dès l'été 2025.
Cependant, des résistances persistent.
Massimo Muzzarelli, président de la Fédération romaine des établissements balnéaires, critique la hausse des droits d'occupation, estimant que les marges de 10 à 15 % ne permettent pas de payer 20 à 25 % du chiffre d'affaires.
Il craint aussi une perte de revenus pour les familles locales.
Une page Facebook, Ostia Wakeup, regroupant 12 000 abonnés, dénonce violemment ces réformes, accusant la mairie de tuer Ostie.
Critiques et défis
Le Laboratoire d'urbanisme (LabUr) de Paula Dejesus, candidate à la mairie, pointe des erreurs dans les appels d'offres, notamment un système de droit d'occupation indexé sur le chiffre d'affaires qui favoriserait les grands plagistes.
Elle souligne aussi la continuité des anciens exploitants, malgré les changements de façade.
Tobia Zevi reconnaît ces critiques et promet des corrections, insistant sur la nécessité de mettre fin aux abus passés.
L'enjeu est de concilier légalité, accessibilité et viabilité économique pour les nouveaux exploitants, tout en évitant les dérives mafieuses qui ont marqué l'histoire d'Ostie.
Projet d'avenir
À partir de 2027, les voitures ne pourront plus accéder directement aux plages d'Ostie, mais devront se garer au rond-point du terminus du Metromare, une ligne ferroviaire reliant Rome à Ostie.
Des navettes transporteront les visiteurs vers les plages, sur le modèle de Brighton Beach à New York.
L'adjoint au maire imagine un tourisme plus durable, où les visiteurs de Rome pourraient passer deux jours à Ostie.
Le slogan municipal, « passer de l'abus généralisé à la légalité contagieuse », résume cette volonté de rupture.
Cependant, le succès de ce projet dépendra de l'équilibre entre rentabilité économique, accessibilité et préservation de l'espace public.
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