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« Ça a été un lieu de souffrance » : la mémoire ressuscitée des harkis forcés de reboiser la Provence

Louai Barakat, Lyse Mauvais· 2 août 2026

Après la guerre d'Algérie, nombre de harkis exilés en France ont été envoyés dans des hameaux reculés pour participer au reboisement des forêts. Un pan méconnu de l'histoire forestière mis à l'honneur à Ongles, dans les Alpes. Ongles (Alpes-de-Haute-Provence), reportage Au pied de la montagne de Lu…

Résumé

1

Contexte historique

L’article aborde le sort des harkis, des Algériens ayant combattu aux côtés de l’armée française pendant la guerre d’Algérie (1954-1962).

Après l’indépendance de l’Algérie en 1962, environ 90 000 harkis ont été rapatriés en France, souvent dans des conditions difficiles.

Parmi eux, des milliers ont été envoyés dans des camps de reboisement en Provence, notamment dans les Alpes-de-Haute-Provence et le Var.

Ces camps, comme celui de Saint-Maurice-l’Ardoise (créé en 1962 et fermé en 1975), étaient présentés comme des solutions d’intégration, mais ils ont surtout servi à exploiter une main-d’œuvre bon marché pour des travaux forestiers.

Les harkis y étaient soumis à des conditions de vie précaires, marquées par la surveillance militaire et l’isolement géographique.

2

Travail forcé et souffrance

Dans ces camps, les harkis étaient contraints de participer à des projets de reboisement, souvent sous la supervision de l’État ou d’entreprises privées.

Les tâches consistaient à planter des arbres, construire des routes ou entretenir des forêts, dans des zones rurales éloignées des centres urbains.

Les témoignages recueillis par l’article décrivent un environnement de souffrance physique et morale : salaires dérisoires, logements insalubres, et absence de droits sociaux.

Par exemple, à Saint-Maurice-l’Ardoise, les familles vivaient dans des baraquements sans confort, et les enfants étaient scolarisés dans des écoles de fortune.

Les archives et les récits des anciens harkis révèlent une mémoire collective de l’humiliation et de l’exclusion, où le travail était perçu comme une forme de punition plutôt que comme une opportunité.

3

Responsables et complices

Plusieurs acteurs institutionnels sont pointés du doigt pour leur rôle dans ce système.

L’État français, via le ministère des Rapatriés (créé en 1962), a organisé le transfert et l’affectation des harkis dans ces camps.

Des entreprises locales, comme des coopératives forestières, ont bénéficié de cette main-d’œuvre à bas coût pour des projets de reboisement financés par des fonds publics.

Les militaires, en charge de la surveillance des camps, appliquaient des règles strictes, limitant les libertés individuelles.

L’article souligne l’absence de reconnaissance officielle de ces pratiques, qui ont été minimisées ou niées pendant des décennies.

Les anciens harkis et leurs descendants réclament aujourd’hui une reconnaissance de ces souffrances, ainsi que des réparations symboliques ou financières.

4

Mémoire et reconnaissance

Depuis les années 2000, des associations, comme l’Association nationale des harkis (ANH), militent pour la préservation de la mémoire des harkis et la reconnaissance de leur statut de victimes.

Des initiatives locales, comme l’installation de plaques commémoratives ou l’organisation de cérémonies, visent à honorer leur histoire.

En 2021, le président Emmanuel Macron a reconnu la responsabilité de la France dans l’abandon des harkis après 1962, mais sans évoquer spécifiquement les camps de reboisement.

Les anciens harkis et leurs familles attendent encore des actes concrets pour solder ce passé, notamment à travers des archives accessibles et des compensations adaptées.

Leur combat s’inscrit dans une quête plus large de justice historique pour les populations coloniales.

5

Héritage et enjeux contemporains

Les traces de ces camps persistent dans le paysage provençal, où certains sites de reboisement sont encore visibles aujourd’hui.

Ces lieux, autrefois symboles d’oppression, sont désormais des espaces naturels ou des zones de mémoire.

L’article souligne l’importance de transmettre cette histoire aux nouvelles générations, afin d’éviter l’oubli et de comprendre les mécanismes de l’exclusion.

Des projets pédagogiques, comme des expositions ou des ateliers, sont menés dans certaines communes pour sensibiliser le public.

Enfin, le sort des harkis interroge les politiques d’intégration en France, révélant les limites des solutions proposées aux populations issues de la colonisation.

Leur histoire reste un exemple des conséquences durables des conflits coloniaux sur les individus.

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