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War Criminals on Trial: An Inside View of the International Criminal Justice System

Bart Nauta· 6 juillet 2026
War Criminals on Trial: An Inside View of the International Criminal Justice System

Interviewing people who have been tried, convicted, or acquitted for atrocity crimes is an incredibly difficult undertaking, potentially even dangerous. Not so much because these individuals still pose a threat, but because of the risks involved in traveling through countries with non-existent traf…

Résumé

1

Enquête inédite

Damien Scalia, professeur de droit pénal à l’Université libre de Bruxelles, a mené une enquête exceptionnelle sur 50 ans en interviewant plus de soixante personnes jugées pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité ou génocide.

Ces entretiens, réalisés sur 15 ans et à travers plusieurs continents, incluent des responsables politiques, des militaires de haut et bas rang, ainsi que des accusés acquittés ou condamnés.

L’objectif n’était pas de juger leurs actes, mais de recueillir leur expérience du système judiciaire international.

Scalia a voyagé en Europe du Nord et de l’Ouest, dans les Balkans, ainsi qu’en Afrique (Mali, Bénin) pour rencontrer ces individus dans des prisons ou des lieux de vie post-condamnation.

Les rencontres, parfois informelles (petit-déjeuner arrosé de rakija, dîner après une visite touristique), visaient à briser la glace et à obtenir des témoignages sincères sur leur perception de la justice internationale.

2

Défis méthodologiques

Interviewer des accusés de crimes de masse présente des risques majeurs : dangers physiques dans des pays aux règles de circulation inexistantes, risques réputationnels pour le chercheur, et dilemmes éthiques dans un domaine où la morale est centrale (« mettre fin à l’impunité »).

Scalia a dû surmonter ces obstacles en évitant les questions sur les actes eux-mêmes, pour ne pas reproduire la dynamique accusatoire des tribunaux.

Ses entretiens se concentraient sur leur parcours judiciaire : arrestation, détention préventive, procès et incarcération.

Il a également pris soin de ne pas rendre ses interlocuteurs identifiables, en omettant des détails contextuels ou des témoignages complets, afin d’éviter de les transformer en figures héroïques ou de les exposer à des représailles.

3

Perception de la justice

La majorité des accusés, qu’ils aient été acquittés ou condamnés, ont exprimé une vision ambivalente du système judiciaire international.

Beaucoup reconnaissaient l’utilité des tribunaux internationaux et comprenaient leur création, mais critiquaient vivement leur fonctionnement.

Ils se décrivaient comme des figurants dans un procès où ils n’avaient pas voix au chapitre, ignorés par les juges et les procureurs pendant des années.

Les procédures leur semblaient abstraites, incompréhensibles, et déconnectées de la réalité des conflits.

Les catégories juridiques comme l’entreprise criminelle commune ou la responsabilité du supérieur hiérarchique leur paraissaient inadaptées pour décrire leur rôle dans des situations de guerre chaotiques.

Pour eux, la justice internationale était vécue comme une imposition étrangère, souvent perçue comme occidentale et déconnectée des réalités locales.

4

Limites du système

Les témoignages révèlent un écart profond entre la logique judiciaire et la réalité vécue par les accusés.

Les tribunaux internationaux attribuent une responsabilité morale individuelle en supposant que les accusés agissent de manière rationnelle et autonome, sans explorer les dynamiques socio-psychologiques complexes ayant conduit aux crimes de masse.

Scalia souligne que ces crimes émergent souvent dans des contextes de chaos, où des groupes politiques escaladent vers la violence extrême.

Pourtant, la justice internationale se concentre sur la punition de quelques individus, sans chercher à expliquer ces mécanismes.

Les accusés, quant à eux, décrivent les procès comme une prolongation du conflit, où la guerre se poursuit dans la salle d’audience.

Parmi les 51 condamnés interviewés par Scalia, seuls trois ont reconnu une forme de responsabilité, illustrant l’échec de la justice à obtenir des aveux ou une catharsis.

5

Dénis et victimisation

Les accusés adoptent massivement une posture de déni, qu’ils soient condamnés ou non.

Pour eux, être branded criminel contre l’humanité équivaut à une humiliation sociale insupportable, et reconnaître leur culpabilité pourrait être psychologiquement destructeur.

Scalia note que ces dénis s’inscrivent souvent dans des récits de victimisation, où les accusés minimisent ou nient les souffrances causées par leur camp, tout en se présentant comme des victimes de l’Occident, des tribunaux ou de l’ennemi.

Ces narratives, fréquentes chez les nationalistes serbes ou rwandais, peuvent aussi relever du révisionnisme génocidaire, où la perpétration des crimes est niée.

Scalia évite de contextualiser ces propos pour ne pas rendre ses interlocuteurs identifiables, mais cela limite l’analyse de la crédibilité de leurs revendications.

6

Critique des tribunaux

Les accusés perçoivent la justice internationale comme une justice sans racines, imposée par des institutions étrangères (comme le Tribunal pénal international pour le Rwanda ou le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie).

Ils critiquent le manque de compréhension des juges face aux contextes locaux et l’absence de prise en compte des dynamiques historiques, comme la colonisation ou les guerres civiles.

Scalia souligne que ces tribunaux, bien que créés pour répondre à des crimes massifs, peinent à obtenir une reconnaissance morale ou à apaiser les tensions.

Les procès ne remplissent pas les fonctions attendues : ils ne constituent pas une punition reconnue par les accusés, un outil de dissuasion efficace, ni un espace de réconciliation ou de vérité partagée.

Les victimes, quant à elles, voient rarement leur quête de justice satisfaite.

7

Apports et limites

Scalia défend l’idée que les voix des accusés méritent d’être entendues et intégrées dans l’analyse du système judiciaire international, car elles offrent un éclairage unique sur ses dysfonctionnements.

Il propose une approche basée sur l’expérience des accusés pour repenser les règles de justice, plutôt que sur des normes imposées de manière unilatérale.

Cependant, son livre soulève des questions éthiques et méthodologiques.

En omettant de contextualiser les propos des accusés ou d’aborder directement les crimes commis, Scalia risque de donner une image partielle de leurs motivations et de leurs idéologies.

Par exemple, certains discours nationalistes ou ethnocentristes ne sont pas explicitement analysés, ce qui limite la portée critique de l’ouvrage.

De plus, les récits de victimisation des accusés, bien que dignes d’intérêt, peuvent aussi servir à nier leur responsabilité, posant la question de la légitimité à les prendre au pied de la lettre.

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