Étonnée par les cheveux des statues romaines, une coiffeuse résout un vieux mystère archéologique
Parfois, les archéologues ont besoin d'un coup de main. La coiffeuse Janet Stephens a corrigé une erreur de longue date dans l'interprétation des sculptures romaines. Pour faire tenir les cheveux, il fallait en fait une aiguille et du fil.
Résumé
Découverte inattendue
Janet Stephens, une coiffeuse professionnelle, remarque une anomalie en observant les bustes romains exposés au musée Walters Art de Baltimore.
Les coiffures sculptées en marbre des statues sont d’une complexité remarquable, avec des tresses enroulées et entrelacées de manière sophistiquée.
Pourtant, aucune épingle visible ne maintient ces cheveux en place.
Contrairement aux idées reçues, ces coiffures ne sont pas réalisées avec des perruques ou des extensions, mais bien avec les cheveux naturels des statues.
Cette observation intrigue Janet Stephens, car les épingles à cheveux (acus) de l’époque romaine, souvent traduites par des objets à une seule branche, semblent insuffisantes pour maintenir des coiffures aussi complexes.
Elle décide alors d’approfondir ses recherches pour résoudre ce mystère.
Traduction et hypothèse
Janet Stephens, passionnée par l’histoire des coiffures, se plonge dans l’étude des textes latins pour comprendre comment ces coiffures étaient réalisées.
Elle découvre que le mot latin acus peut désigner plusieurs objets : une épingle à cheveux à une seule branche, un fer à friser ou encore une aiguille et du fil.
Les archéologues avaient jusqu’alors interprété acus uniquement comme une épingle, sans envisager d’autres possibilités.
Stephens émet l’hypothèse que les Romains utilisaient peut-être une aiguille et du fil pour coudre les tresses entre elles, une technique plus solide et adaptée aux coiffures complexes.
Cette idée, bien que surprenante, ouvre une nouvelle piste de recherche pour expliquer la tenue des coiffures romaines.
Expérience et validation
Pour tester son hypothèse, Janet Stephens reproduit des coiffures romaines en utilisant uniquement une aiguille et du fil, sans aucun autre accessoire moderne.
Elle constate que cette méthode permet de maintenir les tresses en place de manière bien plus efficace que les épingles traditionnelles.
Les coiffures, même les plus élaborées comme celles en forme de panier ou de vannerie, tiennent parfaitement sans glisser, y compris après plusieurs heures.
Cette expérience prouve que les Romains utilisaient probablement cette technique pour créer des coiffures durables.
Stephens publie ses résultats dans le Journal d’Archéologie romaine en 2008, confirmant ainsi sa théorie et offrant une nouvelle perspective sur les techniques capillaires de l’Antiquité.
Complexité des coiffures
Les coiffures romaines des femmes aisées étaient d’une complexité remarquable, souvent composées de multiples tresses enroulées autour de la tête, entrelacées en motifs géométriques ou en forme de panier.
Ces coiffures, qui pouvaient peser plusieurs centaines de grammes, étaient conçues pour être portées toute la journée, voire toute la nuit.
Janet Stephens souligne que des épingles à une seule branche, courantes à l’époque, n’auraient pas suffi à maintenir ces structures en place, surtout à la fin du Ier siècle, où les coiffures devenaient de plus en plus élaborées.
L’utilisation d’une aiguille et de fil permettait non seulement de tenir les cheveux, mais aussi de créer des formes précises et durables, sans recourir à des prothèses capillaires coûteuses.
Contexte social et économique
Dans la Rome antique, les coiffures sophistiquées étaient un symbole de richesse et de statut social.
Les femmes de l’aristocratie employaient souvent des esclaves ou des servantes comme coiffeuses, car ces coiffures complexes nécessitaient plusieurs paires de mains pour être réalisées.
Les coiffeuses professionnelles, bien que talentueuses, n’étaient pas toujours bien considérées socialement.
Janet Stephens explique que les femmes modestes pouvaient aussi adopter des coiffures élaborées, à condition de s’entraider entre elles.
Ces coiffures, bien que coûteuses en temps et en efforts, étaient un moyen pour les Romaines de montrer leur statut et leur pouvoir, tout en inspirant des innovations comme les épingles en U, plus pratiques et faciles à retirer.
Héritage moderne
La découverte de Janet Stephens a permis de mieux comprendre les techniques capillaires de la Rome antique et leur influence sur les méthodes modernes.
Elle suggère que la boucle formée par le fil utilisé pour coudre les coiffures romaines pourrait avoir inspiré l’invention des épingles en U, plus pratiques et rapides à utiliser.
Aujourd’hui, ces épingles en U restent un incontournable dans les salons de coiffure pour maintenir les chignons et les coiffures complexes.
Cette avancée archéologique montre comment une observation attentive et une approche empirique peuvent résoudre des mystères historiques, tout en offrant des perspectives inattendues sur l’évolution des techniques et des outils.
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