Influenceurs virtuels : quand la médiation de l’information échappe à l’humain
Sur l’écran, ils ont tout pour eux. Disponibles, moins coûteux et contrôlables par définition, les avatars virtuels pourraient être des influenceurs parfaits pour les marques sauf que… les humains font spontanément davantage confiance à l’un des leurs. Jusqu’à quand ? Les créateurs de contenu sont…
Résumé
Influenceurs humains vs virtuels
Les influenceurs, qu’ils soient humains ou virtuels, jouent un rôle central dans la diffusion d’informations et de recommandations commerciales sur les réseaux sociaux.
Aujourd’hui, les humains accordent spontanément plus de confiance à un influenceur humain, même si un avatar virtuel peut être techniquement plus performant.
Selon une étude citée dans l’article, les humains obtiennent un score de 4,52 sur 5 en termes de relation parasociale (lien personnel avec le créateur), contre seulement 2,09 pour les avatars.
Cette préférence s’explique par la capacité des influenceurs humains à partager des émotions, des expériences vécues et une vulnérabilité qui renforcent la proximité avec leur audience.
Les avatars, bien que maîtrisés et disponibles en permanence, peinent à reproduire ces éléments humains.
Rôle des créateurs de contenu
Les créateurs de contenu, qu’ils soient humains ou virtuels, agissent comme des médiateurs entre les marques et le public.
Ce concept, théorisé par Lazarsfeld et Katz, désigne des leaders d’opinion qui sélectionnent, interprètent et diffusent des informations auprès de communautés engagées.
Aujourd’hui, ces médiateurs ne se limitent plus à promouvoir des produits : ils façonnent aussi les normes, les modes de vie et les valeurs de leur audience.
En France, 37 % des Français utilisent les réseaux sociaux pour s’informer, et des influenceurs comme Hugo Décrypte touchent 22 % des moins de 35 ans chaque semaine, rivalisant avec les médias traditionnels.
Pourtant, seulement 29 % des Français font confiance à l’information, plaçant la France en 41ᵉ position sur 48 pays étudiés.
Avantages des avatars
Les avatars virtuels, comme Lil Miquela (2,3 millions d’abonnés sur Instagram), offrent aux marques un contrôle total sur le message diffusé.
Contrairement aux humains, ils ne tombent pas malades, ne s’engagent pas dans des controverses et ne renégocient pas leurs contrats.
Ils permettent une production de contenu permanente, sans les coûts logistiques liés à un tournage ou à la gestion d’une personnalité.
Par exemple, BMW a utilisé Lil Miquela pour promouvoir son véhicule électrique iX2 dans une campagne immersive mêlant décors réels et éléments numériques.
Ces avatars sont donc des outils stratégiques pour une communication cohérente et maîtrisée.
Limites des influenceurs virtuels
Malgré leurs avantages, les avatars présentent des limites majeures.
Une étude expérimentale publiée en 2024 dans Computers in Human Behavior: Artificial Humans montre que les audiences ressentent un lien parasocial bien moins fort avec les avatars (2,09/5) qu’avec les humains (4,52/5).
Les avatars souffrent aussi d’un manque d’homophilie perçue (sentiment de proximité et de ressemblance) et d’un problème de corporalité, leur absence de corps réel limitant la projection émotionnelle.
De plus, la découverte de leur nature artificielle peut provoquer un effet de trahison perçue, réduisant la confiance et l’engagement.
Enfin, ils ne peuvent reproduire ni l’authenticité ni l’évolution personnelle qui nourrissent la relation entre un influenceur humain et sa communauté.
Risques pour l’écosystème
Les avatars introduisent une représentation déformée de la réalité, en termes d’apparence, de contenu et de mise en forme, ce qui modifie les attentes des consommateurs et, plus largement, les normes sociales.
Ils posent aussi un défi inédit en matière de vérification des informations.
Contrairement à un influenceur humain, identifiable et accountable, un avatar ne renvoie à aucun interlocuteur.
Par exemple, Anne Kerdi, une influenceuse virtuelle bretonne suivie par 13 000 abonnés, partage des informations sur la culture et l’environnement breton, mais avertit elle-même : « En tant qu’IA, je peux faire des erreurs.
Vérifiez mes informations.
» Pourtant, seulement 11 % des Français déclarent avoir reçu une éducation aux médias, ce qui rend cette vérification difficile.
Confusion et transparence
Les avatars sont souvent alimentés par des contenus issus de plateformes sociales (11 % de Reddit, 11 % de LinkedIn, 9 % de YouTube selon une étude Semrush de 2026), ce qui peut créer une fausse impression d’authenticité.
Cette confusion des genres réduit la distance perçue entre influenceurs virtuels et humains, rendant difficile pour le consommateur d’identifier l’origine des informations.
Dans un paysage où la confiance dans les médias est faible, la question n’est plus seulement technique, mais aussi démocratique : les consommateurs doivent pouvoir savoir qui leur parle, d’où proviennent les informations, et si les médiateurs ont un vécu, une responsabilité ou une éthique.
Les influenceurs virtuels brouillent ces repères essentiels.
Enjeux pour la démocratie
Les influenceurs virtuels soulèvent une question majeure : qui est responsable lorsque des informations sont diffusées par un avatar ?
Contrairement à un influenceur humain, un avatar n’a ni expertise identifiable, ni visage, ni identifiant auquel s’adresser.
Cette absence de responsabilité éditoriale et de transparence pose un risque pour la qualité de l’information et la confiance du public.
Dans un contexte où la confiance dans les médias est déjà fragile (29 % des Français leur font confiance), l’émergence de médiateurs artificiels non responsables interroge sur l’avenir de la démocratie informationnelle.
La médiation artificielle ne se limite pas à ses abonnés : elle contamine l’ensemble de l’écosystème, rendant encore plus complexe l’accès à une information fiable et transparente.
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