«En grandissant, j’ai vu ma culture disparaître» : la lutte des Polynésiens face à la privatisation des plages et au surtourisme

Depuis mai, des habitant·es de l’île polynésienne de Raiatea campent sur l’îlot voisin de Horea, le dernier encore public de leur district, dont l’accès est menacé par la construction d’un restaurant. La mobilisation s'inscrit dans un large mouvement de lutte contre la privatisation des plages et e…
Résumé
Mobilisation contre projet hôtelier
Depuis le 11 mai 2026, des habitant·es de la commune de Tumara’a, sur l’île de Raiatea en Polynésie française, campent sur le motu Horea, un petit îlot de sable corallien, pour s’opposer à un projet hôtelier.
Ce projet, validé par les autorités locales sans concertation avec la population, menace l’accès au dernier motu encore public du district.
Les militant·es, dont Heifara Brothers, président de l’association Motu Faya, ont installé des tentes ou dorment sous un faré (bungalow traditionnel ouvert) et organisent des rotations quotidiennes pour les mobilisé·es.
Leur mobilisation a déjà permis de retarder le début des travaux, initialement prévu le 31 mai 2026.
Le bail de vingt ans signé en mai 2024 entre l’ancien conseil municipal et la SAS Te Rai-Atea prévoit l’exploitation de plus de 11 000 mètres carrés du motu pour 150 000 francs pacifiques par mois, soit environ 1 250 euros.
Privatisation des plages polynésiennes
La Polynésie française fait face à une privatisation croissante de ses plages et îlots coralliens, motivée par des projets touristiques ou des résidences luxueuses.
Ces espaces publics, essentiels pour la culture locale, deviennent de plus en plus rares en raison de l’érosion, des cyclones et des aménagements humains.
En 1993, les plages représentaient 33 % des côtes polynésiennes, contre seulement 18 % en 2026.
Les terres sont souvent rachetées par des promoteurs internationaux ou locaux, puis développées pour être vendues sur le marché international.
En février 2025, la présidence de la Polynésie française a lancé deux appels à manifestation d’intérêt (AMI) pour soutenir la création ou la rénovation d’hôtels, avec pour objectif d’atteindre 600 000 visiteur·ses par an d’ici 2033, contre 280 000 en 2026.
Conflit d'accès à la plage de Temae
Sur l’île de Moorea, la plage de Temae est au cœur d’un conflit opposant les associations locales et le promoteur Louis Wane.
Ce dernier a racheté en 2021 un terrain de plus de 50 hectares incluant la plage, l’une des dernières accessibles librement au public.
Bien que légalement publiques, les plages sont souvent contrôlées par les hôtels, qui restreignent l’accès aux locaux.
Le groupe Wane propose de « céder » 200 mètres de plage aux habitant·es, mais contrôlerait ainsi presque un kilomètre de littoral avec la plage voisine du Sofitel.
Un parc public était prévu sur une partie du terrain, mais le projet est en suspens depuis dix ans.
Une consultation publique a été demandée par le président de la Polynésie française sur l’avenir du littoral de Temae.
Spéculation foncière et emploi local
La spéculation foncière en Polynésie française rend le terrain inaccessible aux locaux, avec des prix immobiliers en moyenne 31 % plus élevés qu’en France hexagonale.
Les habitant·es dénoncent un système où les emplois proposés par le secteur touristique sont souvent précaires et peu valorisés.
Selon Alain Bonno, président de l’association des habitant·es de Temae, plus de 50 % de la population travaille au black (sans contrat officiel).
Temoana Poole, militant de l’association Keep Moorea wild, explique que les Polynésien·nes occupent généralement des postes subalternes comme jardinier, femme de ménage ou gardien, touchant le Smic, tandis que les propriétaires étrangers ou locaux accumulent les richesses.
Ce système est perçu comme une forme d’asservissement des locaux sur leur propre terre.
Perte culturelle et résistance
Les militant·es polynésien·nes soulignent que la privatisation des plages et des terres menace leur culture et leur mode de vie.
Temoana Poole, fondateur de Keep Moorea wild, explique que grandir en voyant sa culture disparaître inclut la perte d’un accès libre à la terre, à la mer et aux ressources naturelles, éléments centraux de l’identité polynésienne.
Les associations locales proposent des solutions comme le rachat de terres mètre carré par mètre carré pour préserver leur jouissance collective.
À Raiatea, la mobilisation sur le motu Horea s’étend, avec une cagnotte et une campagne de dons alimentaires qui circulent sur les réseaux sociaux.
Les habitant·es appellent à une prise de conscience collective pour protéger ce patrimoine.
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