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Environnement

Les écologistes s'organisent contre le RN à la campagne... mais peinent à sortir de l'entre-soi

Reporterre · mis à jour 30 juin

Les Écologistes organisaient dans le Tarn, la quatrième édition de leurs universités des ruralités. L'occasion pour le parti de tenter de parler depuis ces territoires et de réfléchir à sa stratégie vis-à-vis du RN ...

Mobilisation écologique

En 2023, des militants écologistes en milieu rural se sont organisés pour contrer l’influence du Rassemblement National (RN), parti d’extrême droite, lors des élections locales. Cette mobilisation s’inscrit dans un contexte où le RN progresse dans les zones rurales, notamment dans les anciennes régions industrielles ou agricoles en déclin. Les écologistes, souvent perçus comme urbains et élitistes, cherchent à s’implanter en campagne pour toucher un électorat plus large. Leur objectif est double : limiter l’avancée du RN et promouvoir des alternatives politiques fondées sur l’écologie et la justice sociale. Cependant, cette démarche se heurte à des défis majeurs, comme la méfiance des habitants envers les mouvements urbains ou la difficulté à proposer des solutions adaptées aux réalités locales.

Difficultés d’ancrage

Malgré leurs efforts, les écologistes peinent à sortir de l’entre-soi, c’est-à-dire à élargir leur base militante au-delà des cercles déjà acquis à leur cause. Les raisons sont multiples. D’abord, les habitants des zones rurales, souvent plus âgés et moins diplômés que la moyenne nationale, perçoivent les écologistes comme des urbains déconnectés des réalités agricoles ou industrielles. Ensuite, les propositions écologistes, comme la transition énergétique ou la réduction des pesticides, sont parfois mal comprises ou jugées trop radicales. Enfin, le RN capitalise sur ce mécontentement en se présentant comme le défenseur des petits, face à un État perçu comme lointain et des élites urbaines. Par exemple, dans certaines communes, le RN obtient jusqu’à 40 % des voix aux élections municipales de 2020, un score bien supérieur à la moyenne nationale.

Stratégies locales

Pour contourner ces obstacles, les écologistes misent sur des actions ciblées et des alliances avec d’autres acteurs locaux. Ils organisent des réunions publiques dans les villages, collaborent avec des syndicats agricoles ou des associations de consommateurs, et proposent des solutions concrètes comme des circuits courts ou des projets de rénovation énergétique. Certains groupes, comme Les Soulèvements de la Terre, tentent de créer des ponts avec les agriculteurs en critiquant les politiques industrielles mais en évitant de diaboliser leur métier. Cependant, ces initiatives restent limitées par un manque de moyens humains et financiers. Par exemple, en 2022, seulement 5 % des militants écologistes étaient issus de zones rurales, selon une enquête interne du parti Europe Écologie Les Verts (EELV).

Obstacles politiques

Un autre frein à l’ancrage des écologistes en campagne est la concurrence avec d’autres forces politiques. Le RN, mais aussi les partis traditionnels comme Les Républicains (LR) ou le Parti Socialiste (PS), dominent souvent le débat local. Les écologistes doivent donc composer avec ces acteurs, soit en s’alliant avec eux (comme lors de listes communes aux municipales), soit en s’opposant frontalement. Par ailleurs, leur discours, axé sur des thèmes globaux comme le climat ou la biodiversité, peut sembler abstrait face aux préoccupations immédiates des ruraux, comme le pouvoir d’achat ou l’accès aux services publics. Enfin, leur image est parfois associée à des mesures perçues comme punitives, comme l’interdiction des pesticides ou la taxe carbone, ce qui alimente leur rejet par une partie de l’électorat.

Ce que ça pourrait changer

Les résultats de cette mobilisation sont contrastés. Dans certaines communes, les écologistes parviennent à faire élire des conseillers municipaux ou à influencer les politiques locales, notamment sur des sujets comme la gestion de l’eau ou la protection des sols. Par exemple, en 2021, la liste écologiste a obtenu 12 % des voix à Grenoble, une ville où les enjeux écologiques sont très présents. Cependant, ces succès restent marginaux à l’échelle nationale. Dans les zones rurales, leur score aux élections législatives de 2022 a été de 6,5 %, loin derrière le RN (23,1 %) ou la majorité présidentielle (25,8 %). Les écologistes peinent également à fédérer au-delà de leur base militante, avec seulement 15 % des sympathisants écologistes vivant en milieu rural, selon un sondage de l’IFOP en 2023.

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