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Géopolitique

Le ralentissement de l’Amoc va-t-il aussi dérégler le climat ?

Courrier International · mis à jour il y a 2 h

Les chercheurs s’inquiètent du ralentissement de l’Amoc, le principal courant de l’Atlantique, véritable chef d’orchestre du climat. De nouvelles études prévoient son arrêt total, dont l’une des conséquences serait une chute des températures en Europe.

Amoc, courant vital

La circulation méridienne de retournement de l’Atlantique (Amoc) est un immense courant océanique qui transporte la chaleur à travers l’océan Atlantique. Il fonctionne comme une sorte de tapis roulant géant : l’eau chaude, moins dense, se déplace en surface depuis les tropiques vers le nord de l’Atlantique, où elle se refroidit, devient plus dense et plonge vers les profondeurs avant de repartir vers le sud. Ce mécanisme réchauffe naturellement l’Europe de l’Ouest, expliquant pourquoi des villes comme Paris ou Londres bénéficient d’un climat tempéré malgré leur latitude élevée. L’Amoc est donc un régulateur climatique essentiel, dont le ralentissement aurait des conséquences majeures. Selon Stefan Rahmstorf, océanographe à l’Institut de recherche sur les impacts climatiques de Potsdam en Allemagne, les chances que ce courant se grippe sont passées de 5 % il y a trente-cinq ans à une probabilité de 50 % aujourd’hui.

Réchauffement et risques

Le réchauffement climatique actuel, causé par les émissions de gaz à effet de serre, accélère la fonte des glaces du Groenland et augmente les précipitations en Atlantique Nord. Ces deux phénomènes libèrent d’énormes quantités d’eau douce dans l’océan, ce qui réduit la salinité et donc la densité de l’eau. Or, c’est cette différence de densité entre l’eau chaude de surface et l’eau froide des profondeurs qui maintient en mouvement l’Amoc. Si ce courant ralentit ou s’arrête, le nord de l’Europe perdrait une source majeure de chaleur, entraînant un refroidissement local et des perturbations climatiques globales. L’océanographe Rahmstorf souligne que ce scénario, autrefois considéré comme peu probable, est désormais plus probable qu’improbable. Les scientifiques craignent que ce point de bascule ne soit atteint alors que le monde peine déjà à limiter le réchauffement à 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle.

Conséquences pour l'Europe

Un affaiblissement de l’Amoc aurait des répercussions directes sur le climat européen. Le nord du continent, actuellement tempéré par ce courant, pourrait connaître des hivers plus rigoureux, des étés plus secs et des perturbations des saisons agricoles. Par exemple, des pays comme le Royaume-Uni, la France ou l’Allemagne pourraient subir des vagues de froid plus intenses, similaires à celles observées lors du petit âge glaciaire entre les XIVe et XIXe siècles. Ces changements s’ajouteraient aux effets déjà visibles du réchauffement climatique, comme les canicules ou les sécheresses. Les scientifiques insistent sur le fait que ces bouleversements ne se limiteraient pas à l’Europe : une modification de l’Amoc perturberait également les régimes de pluie en Afrique, en Amérique du Sud et en Asie, avec des conséquences sur la sécurité alimentaire mondiale.

Ce que ça pourrait changer

Les recherches sur l’Amoc ont débuté il y a plusieurs décennies, mais les données récentes montrent une accélération inquiétante du phénomène. Les scientifiques, comme Stefan Rahmstorf, soulignent que les modèles climatiques sous-estiment peut-être la vitesse à laquelle ce courant pourrait s’affaiblir. Les observations par satellite et les mesures en mer révèlent des signes tangibles de ralentissement, bien que les mécanismes exacts restent à éclaircir. Face à cette urgence, les chercheurs appellent à une surveillance accrue et à une réduction drastique des émissions de CO₂ pour limiter le réchauffement et préserver la stabilité de l’Amoc. L’objectif de limiter le réchauffement à 1,5 °C reste crucial, car chaque dixième de degré compte pour éviter des basculements irréversibles dans le système climatique.

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