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Nous nous parlons de moins en moins et ce n'est pas bon pour notre cerveau

Anaé Rodier· 29 juillet 2026

Une étude récente révèle que les gens disent de moins en moins de mots par jour. Entre 2005 et 2019, le nombre de termes prononcés a baissé de près de 30%, ce qui a des conséquences sur notre santé.

Résumé

1

Baisse des conversations

Une étude publiée en mars 2026 dans la revue Perspectives on Psychological Science révèle une diminution significative du nombre de mots prononcés quotidiennement par les individus.

Entre 2005 et 2019, le nombre moyen de mots par jour est passé de 16 632 à 11 900, soit une baisse de 338 mots par an.

Cette tendance a été observée chez des participants résidant aux États-Unis, au Mexique, en Australie et en Europe.

Les chercheurs Valeria Pfeifer (université du Missouri-Kansas City) et Matthias Mehl (université d'Arizona) ont utilisé des appareils enregistrant aléatoirement des bribes de discours tout au long de la journée pour établir ces données.

Cette réduction des échanges verbaux s'inscrit dans un contexte plus large de transformation des habitudes sociales et technologiques.

2

Causes principales

Deux facteurs principaux expliquent cette baisse des conversations.

Le premier est l'augmentation du temps passé seul, une tendance qui s'est accentuée avec la pandémie de Covid-19.

Entre 2003 et 2019, la part du temps libre passé seul par les Américains est passée de 44 % à 49 %.

En Europe, la proportion de personnes voyant des amis quotidiennement a chuté de 21 % en 2006 à 12 % en 2022.

Le second facteur est la digitalisation des interactions.

Les tâches quotidiennes, autrefois l'occasion d'échanges informels (comme parler à la caissière ou au serveur), sont désormais réalisées en ligne via des applications ou des plateformes numériques.

Ces outils permettent d'éviter les interactions spontanées, parfois perçues comme inconfortables.

Valeria Pfeifer souligne que des actions comme réserver une table de restaurant via une application remplacent les échanges directs avec les autres.

3

Impact sur l'empathie

Sherry Turkle, psychologue et autrice de Reclaiming Conversation (2016), explique que les conversations en face à face favorisent l'empathie, contrairement aux échanges écrits.

Elle précise que nous ressentons l'émotion d'une conversation au plus profond de notre corps.

Une étude comparant différents modes de communication (en personne, par vidéo, par téléphone ou par messagerie instantanée) montre que l'échange en personne crée le lien émotionnel le plus fort, tandis que la messagerie en ligne génère le plus faible.

Gillian Sandstrom, psychologue et autrice de Once Upon a Stranger, étudie les liens faibles, c'est-à-dire les interactions informelles et superficielles au fil de la journée.

Selon ses travaux, ces échanges, même minimes, renforcent le sentiment de bien-être et réduisent l'anxiété sociale.

4

Conséquences cognitives

La réduction des conversations orales pourrait avoir des répercussions sur les capacités cognitives.

Valeria Pfeifer indique qu'une grande partie du fonctionnement du cerveau est aujourd'hui externalisée dans un appareil mobile, ce qui limite les occasions de stimuler la mémoire et l'attention.

Parler en face à face sollicite plusieurs fonctions cérébrales : suivre le discours de l'autre, préparer sa réponse, gérer sa posture et ses expressions faciales.

À l'inverse, les échanges numériques, souvent plus courts et moins complexes, n'offrent pas les mêmes opportunités de stimulation cognitive.

Cela pourrait contribuer à une érosion de la capacité d'attention, notamment pour suivre des récits longs et structurés, comme ceux des conversations en personne.

5

Mécanisme d'auto-entretien

Le déclin des interactions sociales semble s'auto-entretenir.

Moins une personne pratique les petites conversations du quotidien, plus elle ressent de l'anxiété à l'idée de les engager, ce qui la pousse à les éviter davantage.

Cette spirale peut conduire à un isolement croissant.

Gillian Sandstrom souligne que les échanges informels, même superficiels, jouent un rôle clé dans le bien-être mental.

Leur disparition progressive pourrait donc aggraver les sentiments de solitude et d'angoisse.

Par ailleurs, l'absence de pratique des conversations orales affaiblit progressivement cette compétence sociale, rendant les interactions futures encore plus difficiles.

6

Solutions et perspectives

Pour contrer cette tendance, les experts suggèrent de réintroduire des moments de conversation en face à face, même s'ils peuvent sembler maladroits.

Sherry Turkle et Gillian Sandstrom encouragent à accepter l'imperfection des échanges humains, comme une alternative aux interactions digitales.

Valeria Pfeifer propose de privilégier les interactions spontanées, par exemple en réservant un café dans un lieu public plutôt qu'à emporter, ou en téléphonant plutôt que d'envoyer un message.

Ces petits gestes pourraient contribuer à restaurer des liens sociaux plus profonds et à stimuler les capacités cognitives liées à la conversation.

L'enjeu n'est pas seulement de parler plus, mais de retrouver le plaisir des échanges authentiques.

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