Un avion va voler dans les “orages de feu” pour mieux les comprendre
On en sait bien peu sur les pyrocumulonimbus, ces imposants nuages qui se sont développés au-dessus des incendies violents en France mais aussi dans le Nord-Ouest des États-Unis. Pour mieux en appréhender les conséquences à l’échelle mondiale, un projet de recherche prévoit de prélever et d’analyser des échantillons de fumée.
Un avion de recherche Gulfstream V, basé dans le Colorado aux États-Unis, va décoller pour une mission scientifique inédite. Cet appareil, équipé d’instruments de mesure, a pour objectif d’étudier les orages de feu en volant directement dans les nuages qui les composent. Ces nuages, appelés pyrocumulonimbus (abrégés pyroCb), se forment au-dessus d’incendies d’une intensité exceptionnelle, comme ceux qui ravagent actuellement des régions en France, en Espagne ou dans le Nord-Ouest américain. L’équipe de recherche, incluant des scientifiques du Centre national de recherche atmosphérique (NCAR) américain, souligne l’importance de ces données pour comprendre des phénomènes encore mal connus. L’avion effectuera des prélèvements d’air et de particules dans ces nuages, situés entre 10 et 50 kilomètres d’altitude, afin d’analyser leur composition et leur impact sur l’atmosphère.
Les orages de feu, ou pyrocumulonimbus, naissent de l’interaction entre un incendie violent et l’atmosphère. Lorsque les flammes d’un feu intense chauffent l’air, celui-ci s’élève rapidement en créant un courant ascendant puissant. Cet air chaud transporte avec lui de la vapeur d’eau et des particules de fumée, qui se condensent en altitude pour former un nuage spécifique. Ce nuage peut atteindre la stratosphère, une couche de l’atmosphère située entre 10 et 50 kilomètres au-dessus du sol, bien au-delà des nuages classiques. Les pyroCb ont la particularité de générer leurs propres phénomènes météorologiques : ils peuvent produire des vents violents et de la foudre, ce qui risque d’alimenter et de propager d’autres incendies. Leur étude est donc cruciale pour anticiper les risques et comprendre leur rôle dans les changements climatiques.
Les orages de feu ne se limitent pas à leur impact local : ils ont des répercussions à l’échelle de la planète. En envoyant d’énormes quantités de fumée dans la stratosphère, ces phénomènes contribuent à la pollution atmosphérique à haute altitude. La fumée peut y rester pendant des mois, voire des années, et perturber les équilibres climatiques en absorbant ou en réfléchissant la lumière du soleil. Par exemple, lors des incendies en Australie en 2019-2020, des pyroCb ont injecté des particules dans la stratosphère, affectant temporairement les températures à l’échelle mondiale. Les chercheurs soulignent que ces données sont essentielles pour évaluer l’influence des incendies sur le climat et améliorer les modèles météorologiques. La mission de l’avion Gulfstream V vise précisément à recueillir des mesures précises pour affiner ces modèles.
L’étude des *orages de feu* représente un défi scientifique majeur en raison de leur imprévisibilité et de leur rareté. Teresa Campos, chimiste de l’atmosphère au NCAR, explique que ces phénomènes évoluent de manière chaotique et nécessitent des observations directes pour être compris. Les données collectées par l’avion permettront de mieux cerner leur formation, leur durée de vie et leur composition chimique. Ces informations sont vitales pour les météorologues et les climatologues, qui cherchent à intégrer ces événements dans leurs prévisions. Par ailleurs, les *pyroCb* pourraient devenir plus fréquents avec le réchauffement climatique, ce qui rend leur étude encore plus urgente. Les résultats de cette mission pourraient ainsi éclairer les stratégies de prévention et de gestion des incendies à l’avenir.

