Face aux feux de forêt, Mistissini tire les leçons du passé

Mistissini perfectionne sa réponse aux feux, forte de son expérience et de son lien avec le territoire.
Résumé
Feux en Ontario 2026
En juillet 2026, des feux de forêt ravagent le nord de l’Ontario, forçant l’évacuation de plus de 2 800 personnes et détruisant au moins deux communautés.
Louise Blacksmith, une aînée de la communauté crie de Mistissini au Québec, exprime son inquiétude face à cette situation, rappelant que les communautés autochtones sont particulièrement touchées par ces catastrophes.
En 2023, le Québec avait connu des feux records ayant entraîné l’évacuation de 27 000 personnes, dont une majorité étaient autochtones.
Ces communautés, qui représentent 5 % de la population canadienne, comptaient pour la moitié des évacuations dues aux feux de forêt cette année-là.
Expérience 2023 Mistissini
En 2023, la communauté crie de Mistissini a dû évacuer en raison des feux de forêt.
Louise Blacksmith, une aînée, se souvient de cette période comme d’une expérience difficile mais bien organisée, où les aînés ont pu se réunir pour des activités comme le tricot.
Elizabeth Ashamock, directrice de la santé et du développement social, évoque quant à elle l’anxiété liée à la fumée et la peur d’être piégée par les flammes.
Plus de 3 500 personnes ont été évacuées, principalement les plus vulnérables, comme les personnes sous dialyse ou souffrant de problèmes respiratoires.
Les enfants ont parfois été laissés seuls dans les couloirs des hôtels, et des infirmières n’étaient pas immédiatement disponibles.
Réaction communautaire 2023
Jason Shecapio, alors coordonnateur de la sécurité publique et aujourd’hui directeur des services municipaux, se dit fier de la réactivité de la communauté de Mistissini en 2023.
Avec 80 employés de première ligne, dont lui-même, la communauté est restée sur place malgré l’ordre d’évacuation.
Une barrière antifeux a été créée en une semaine pour protéger Mistissini, une action qui a impressionné la SOPFEU (Société de protection des forêts contre le feu), l’organisme provincial responsable de la lutte contre les incendies.
Cette barrière, composée de végétation basse et de petits feuillus, s’étend sur une trentaine de mètres devant les épinettes.
Leçons et préparation
La communauté de Mistissini a tiré des leçons de l’évacuation de 2023 et travaille à améliorer ses procédures.
Un rapport de 92 recommandations a été commandé par le conseil de bande, couvrant des thèmes comme les communications, les protocoles d’évacuation, le soutien psychologique et la logistique.
Le chef Michael Petawabano souligne que la communauté a réalisé qu’il ne suffisait pas de se baser uniquement sur la distance entre le feu et la communauté pour déclencher une évacuation.
Désormais, des critères comme le délai d’évacuation, la qualité de l’air et la disponibilité des urgences sont pris en compte.
Cependant, certaines recommandations ne pourront pas être mises en œuvre faute de moyens financiers, comme la création d’un camp d’évacuation autonome.
Communication et prévention
La communication est un élément clé pour Mistissini.
La communauté utilise plusieurs outils pour avertir la population, comme la radio communautaire, les réseaux sociaux et les talkies-walkies pour les personnes en forêt.
En juillet 2026, plusieurs interdictions de feux à ciel ouvert ont été lancées par la SOPFEU.
Jason Shecapio souligne que la communication en 2023 a réduit l’anxiété des habitants.
Une division dédiée aux communications a été créée pour diffuser des informations claires et éviter la panique.
La prévention, comme la création de barrières antifeux et la sensibilisation aux assurances pour les camps de chasse, est également mise en avant.
Rôle des pompiers cris
Les pompiers de Mistissini, composés de 30 volontaires et 7 professionnels, suivent désormais un entraînement annuel de trois jours avec la SOPFEU, contre un entraînement tous les deux ans auparavant.
Leur rôle est crucial, notamment pour gérer les feux en attendant l’arrivée des renforts de la SOPFEU.
Cependant, Ryan Gunner, chef du service incendie, souhaite une plus grande autonomie pour intervenir plus rapidement.
En 2023, le service a demandé l’autorisation d’agir, mais celle-ci lui a été refusée pour des raisons de sécurité.
Gunner estime que cette dépendance à la SOPFEU peut retarder les interventions.
Une étude de l’UQAT (Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue) a aussi révélé le souhait des Cris de créer leur propre organisme de gestion des feux.
Savoir autochtone et feux
Roberta Petawabano, directrice du Centre communautaire Miyupimaatisiiun, souligne que les Cris perçoivent les feux de forêt différemment des allochtones.
Pour eux, les feux ne représentent pas seulement une menace, mais aussi une source de régénération pour la forêt et les espèces animales.
Gilbert Baribeau, gérant de l’hôtel de Mistissini, rappelle que les Autochtones pratiquaient autrefois des feux culturels pour favoriser la renaissance des écosystèmes.
Les aînés, qui connaissent bien le territoire, devraient être davantage impliqués dans les décisions de gestion des feux.
Leur savoir traditionnel est considéré comme une aide précieuse, mais il est parfois sous-estimé par les instances gouvernementales.
Recommandations clés 2023
Le rapport de 92 recommandations issu de l’évacuation de 2023 à Mistissini couvre plusieurs axes : les communications, les protocoles d’évacuation, les sites d’accueil pour les déplacés, les opérations d’urgence, la structure du Comité de planification d’urgence et la création de nouveaux protocoles.
Parmi les points soulevés, on retrouve l’amélioration de la logistique, la mise en place d’un meilleur soutien psychologique, la clarification des coûts entre les différents ordres de gouvernement, et une campagne de sensibilisation sur les assurances pour les camps de chasse.
La répartition des tâches et la charge de travail des équipes ont aussi été identifiées comme des points à améliorer.
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