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Sciences humaines

Intervenir sur un terrain d’étude à partir d’une expérience « discordante » : observation d’une pratique de la géobiologie sur un territoire industriel dans le sud de la métropole grenobloise

Hypothèses (OpenEdition) · mis à jour 27 janv.

Posted in: fr.hypotheses.orgPour ces journées doctorales, j’ai choisi de présenter une expérience particulière à laquelle j’ai p....

Thèse sur les ambiances

L'auteur mène une thèse en urbanisme et aménagement sur le thème des ambiances de l'anthropocène, c'est-à-dire l'étude des transformations des sensibilités et des expériences quotidiennes causées par cette nouvelle ère géologique marquée par l'impact humain sur la planète. Ce travail s'inscrit dans le projet ANR Sensibilia, porté par les laboratoires AAU (équipe Cresson) et Pacte (équipe Environnement) à Grenoble. L'objectif est de comprendre comment l'anthropocène modifie les façons de percevoir et d'interagir avec les milieux de vie, en utilisant des méthodes innovantes pour saisir ces changements. Le terrain d'étude est un territoire industriel situé dans le sud de la métropole grenobloise, marqué par une histoire de chimie du chlore et de production hydroélectrique depuis la fin du 19e siècle.

Qu'est-ce que la géobiologie ?

La géobiologie est une pratique qui consiste à étudier les énergies terrestres et cosmiques pour en tirer des conseils ou des solutions, notamment dans les domaines de la santé naturelle et de l'éco-habitat. Elle repose sur des méthodes d'observation et de perception qui ne sont pas toujours reconnues par la communauté scientifique traditionnelle. Dans le cadre de cette thèse, un atelier a été organisé avec des géobiologues pour analyser un lotissement résidentiel situé près de lignes à très haute tension, afin d'étudier les nuisances électromagnétiques. Cet atelier a réuni quatre chercheurs et trois géobiologues, avec pour objectif d'observer leurs pratiques sur un terrain inhabituel pour eux, généralement centré sur des habitations ou des champs.

Réalité discordante

L'auteur s'appuie sur le concept de réalité discordante du sociologue Melvin Pollner pour décrire la géobiologie. Ce terme désigne une situation où des personnes perçoivent ou ressentent des choses que d'autres ne perçoivent pas, créant un désaccord sur la réalité du monde. Dans ce cas, les géobiologues utilisent des sensibilités spécifiques, comme la détection de champs énergétiques, qui ne sont pas partagées par l'ensemble de la communauté scientifique. L'article souligne que cette approche permet de questionner la manière dont on recueille et interprète des expériences qui sortent des normes établies, sans pour autant les disqualifier immédiatement.

Déroulé de l'atelier

L'atelier s'est déroulé sur deux jours dans un lotissement résidentiel du sud de Grenoble. Le premier jour a été consacré à l'étude des phénomènes géobiologiques liés à la structure du sous-sol, tandis que le second jour a porté sur la détection et la mesure des champs électromagnétiques. Les géobiologues ont utilisé un quadrillage précis du terrain pour effectuer leurs relevés, et leurs observations ont été soigneusement notées et enregistrées afin de produire un rapport final. L'équipe de chercheurs a documenté l'ensemble de l'atelier à l'aide de photographies, de notes et d'enregistrements audio, tout en assurant le lien avec les habitants du lotissement.

Recueil de l'expérience

L'objectif de l'atelier était de provoquer une expérience particulière en confrontant les pratiques des géobiologues à un terrain spécifique, tout en mettant leurs sensibilités à l'épreuve. Les chercheurs ont été particulièrement marqués par l'exposition prolongée aux lignes électriques, qui a affecté leur propre perception du milieu. Pour recueillir cette expérience, l'équipe a utilisé des méthodes variées : enregistrements, photographies, notes détaillées et descriptions orales des géobiologues en action. Cette approche a permis de documenter les interactions entre les chercheurs, les géobiologues et les habitants, tout en suscitant des échanges inattendus avec ces derniers.

Impact sur le terrain

La présence d'un groupe de huit personnes pendant deux jours dans un lotissement résidentiel a provoqué de nombreuses rencontres avec les habitants, souvent méfiants envers cette présence inhabituelle. Ce format d'intervention a permis de briser la glace et de stimuler la curiosité des résidents, facilitant ainsi les échanges. Cependant, cette situation a aussi soulevé des questions éthiques : les chercheurs ont dû réfléchir à la manière de rendre compte des résultats de l'atelier sans valider scientifiquement les diagnostics des géobiologues, qui considèrent certains phénomènes comme nocifs. Un récit collectif, sous forme de narration polyphonique, est en cours de rédaction pour rendre compte de cette expérience.

Questions en suspens

L'atelier a révélé plusieurs interrogations sur la manière de rendre compte des sensibilités divergentes, tant chez les géobiologues que chez les habitants. Comment éviter de hiérarchiser ces expériences sans tomber dans une ironisation de l'expérience, c'est-à-dire une disqualification des perceptions perçues comme irrecevables ? Quelles conséquences cette intervention a-t-elle eues sur le terrain étudié ? Comment concilier la rigueur scientifique avec l'ouverture à des pratiques et des perceptions marginalisées ? Ces questions restent ouvertes et soulignent la complexité de l'approche méthodologique adoptée.

Ce que ça pourrait changer

L'auteur de l'article est Sébastien De Pertat, doctorant au laboratoire AAU-Cresson (UMR 1563 *Ambiances, Architectures, Urbanités*). Le projet ANR *Sensibilia* est porté par plusieurs laboratoires, dont le Cresson et Pacte, et vise à explorer des approches sensibles pour comprendre les transformations des milieux de vie. Le terrain étudié est un lotissement résidentiel situé dans le sud de la métropole grenobloise, un territoire marqué par une histoire industrielle liée à la chimie du chlore et à la production hydroélectrique depuis la fin du 19e siècle.

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