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18 juillet 64 : l’un des incendies les plus ravageurs de l’histoire a brulé Rome et redessiné les villes face aux méga-feux

Pierre Le Goupil· 29 juillet 2026
18 juillet 64 : l’un des incendies les plus ravageurs de l’histoire a brulé Rome et redessiné les villes face aux méga-feux

La gestion des grands incendies est une problématique récurrente des sociétés humaines. Comment ces feux dévastateurs étaient-ils gérés dans la Rome antique ? Retour dans un lointain passé.

Résumé

1

Rome en 64 après J.-C.

En 64 après J.-C., Rome est la plus grande ville du monde avec environ 1 million d'habitants.

Les conditions de vie y sont difficiles : les habitants vivent entassés dans des insulae, des immeubles de plusieurs étages souvent construits en bois et collés les uns aux autres.

Les rues, étroites et très fréquentées, favorisent la propagation rapide des incendies.

Le 18 juillet 64, un feu se déclare dans le quartier du Circus Maximus, un vaste espace dédié aux courses de chars.

Selon l'historien Tacite, des vents violents et la densité extrême de la ville transforment l'incendie en une catastrophe majeure.

Pendant plus d'une semaine, les flammes ravagent Rome : trois des quatorze quartiers de la ville sont entièrement détruits, d'autres sont gravement endommagés, et des milliers de personnes se retrouvent sans abri.

2

Les vigiles, pompiers antiques

Rome dispose d'une force spécialisée pour lutter contre les incendies : les vigiles.

Créés en l'an 6 par l'empereur Auguste, les vigiles sont organisés en sept cohortes de 1 000 hommes chacune.

Leur mission est de patrouiller dans les rues pour éteindre les départs de feu, assurer la sécurité civile et combattre les incendies de grande ampleur.

Lors du grand incendie de 64, ils sont largement mobilisés.

Leurs méthodes incluent l'utilisation de draps humides pour protéger les bâtiments, la formation de chaînes humaines près des fontaines pour transporter des seaux d'eau, et l'emploi de pompes à eau.

Dans les cas les plus critiques, ils détruisent des bâtiments pour créer des zones coupe-feu, une technique encore utilisée aujourd'hui pour limiter la propagation des feux.

3

Néron et l'incendie

Contrairement à une idée reçue, l'empereur Néron n'est pas responsable de l'incendie de 64.

Il se trouve alors à Antium, à environ 50 kilomètres de Rome, et revient en urgence pour organiser les secours.

Selon Tacite, il aide les réfugiés en baissant le prix du blé, en distribuant des aides financières issues de sa fortune personnelle et en ouvrant les jardins du Champ de Mars aux sans-abri.

Après la catastrophe, Néron impose des règles d'urbanisme strictes pour prévenir de futurs incendies : élargissement des rues, interdiction des bâtiments mitoyens, obligation pour chaque immeuble de disposer d'un large portique en façade pour faciliter l'intervention des vigiles, et construction de cours intérieures.

Les nouveaux bâtiments doivent être construits en pierre ou en matériaux moins inflammables.

Cependant, ces mesures ne suffisent pas à éviter d'autres grands incendies, comme celui de 80 après J.-C.

4

La Domus Aurea et ses conséquences

Sur les ruines du centre de Rome, Néron fait construire un palais somptueux, la Domus Aurea (« Maison dorée »), symbole de son pouvoir et de son goût pour le luxe.

Ce palais, recouvert de marbre et de feuilles d'or, est détruit par ses successeurs, et son emplacement est utilisé pour construire le Colisée une dizaine d'années plus tard.

Cette décision, perçue comme opportuniste et maladroite, contribue à ternir l'image de Néron.

Il est désavoué par le Sénat et se suicide en 68 après J.-C., mettant fin à son principat.

L'incendie de 64 et la construction de la Domus Aurea restent associés dans l'histoire, renforçant la légende noire de Néron.

5

Feux de forêt et déforestation

En dehors des villes, les incendies de forêt existent déjà à l'époque romaine, mais les sources historiques sont rares.

En Gaule, par exemple, le territoire est largement déboisé dès le début de notre ère en raison de la colonisation romaine.

Les Romains utilisent des feux volontaires pour défricher des terres destinées à l'agriculture ou à l'élevage.

La déforestation n'est pas une préoccupation écologique pour eux, car le bois est une ressource essentielle : chauffage, cuisine, artisanat et construction en dépendent.

Dimitri Tilloi-d'Ambrosi estime que les thermes de Caracalla, par exemple, consomment environ 10 tonnes de bois par jour.

Les Romains gèrent les forêts comme une ressource économique, sans politique de protection de la nature ou de lutte contre les méga-feux comparable à celle des villes.

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