Soudan : l’ONU lance une « alerte rouge » pour éviter un nouveau massacre à El Obeid
Il y a huit mois, El Fasher tombait après plus de 500 jours de siège. En l’espace de trois jours, près de 6 000 personnes étaient tuées dans ce dernier bastion gouvernemental du Darfour du Nord, dans l’ouest soudanais, tandis que des centaines de milliers d’habitants prenaient la fuite. Les témoign…
Résumé
Crise à El Obeid
El Obeid, capitale de l’État du Kordofan du Nord au Soudan, est aujourd’hui encerclée par les Forces de soutien rapide (FSR), un groupe paramilitaire dirigé par Mohamed Hamdan Daglo.
Cette ville de plus de 500 000 habitants, dont 100 000 déplacés, est stratégique car elle contrôle les routes reliant le Darfour à Khartoum, la capitale.
Les FSR, en progressant vers El Obeid, pourraient renforcer leur domination sur cette région et faciliter leurs déplacements militaires.
Depuis le 3 juillet 2026, l’ONU a lancé une alerte rouge pour prévenir un nouveau massacre, comme celui survenu à El Fasher en 2025, où des avertissements similaires n’avaient pas été suivis d’action.
Volker Türk, haut responsable des droits humains de l’ONU, a souligné que les frappes de drones contre les civils à El Obeid, qui ont déjà fait 45 morts en juin 2026, pourraient s’intensifier sans une intervention rapide de la communauté internationale.
Guerre civile au Soudan
La guerre civile au Soudan a éclaté en avril 2023 entre deux factions militaires : l’armée régulière, dirigée par Abdel Fattah al-Burhan, et les Forces de soutien rapide (FSR), autrefois alliées.
Ce conflit, initialement une lutte pour le pouvoir, s’est transformé en l’une des pires crises humanitaires au monde.
Près de 30 millions de personnes ont besoin d’aide humanitaire, et plus de 10 millions ont été déplacées, dont la moitié sont des enfants.
Depuis l’été 2024, plusieurs régions du Soudan sont officiellement en situation de famine, tandis que les violences contre les civils, comme les exécutions sommaires, les enlèvements, les tortures et les violences sexuelles, se multiplient.
Les infrastructures essentielles, comme les centrales électriques, les stations-service et les systèmes d’approvisionnement en eau, sont régulièrement ciblées, aggravant la crise pour les populations.
Blocus et souffrances
Les habitants d’El Obeid subissent un blocus de plus en plus strict imposé par les FSR, qui contrôlent toutes les routes sauf une, à l’est.
Les déplacements deviennent impossibles pour beaucoup, en raison du coût prohibitif des transports et des attaques contre les véhicules civils.
Les prix des denrées de base ont explosé, et les habitants vendent leurs biens pour tenter de fuir, mais sans succès pour une grande partie d’entre eux.
Les hôpitaux, écoles et marchés sont régulièrement bombardés, privant les civils d’accès aux soins, à l’éducation et à la nourriture.
Depuis deux mois, les agences humanitaires n’ont plus accès à la ville, où l’eau, l’électricité et le carburant manquent cruellement.
Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), le nombre de déplacés dans le Kordofan a augmenté de 66 % en trois mois, soit un déplacement forcé tous les deux ou trois jours.
Appel à l'action
Volker Türk, chef des droits humains de l’ONU, a appelé la communauté internationale à agir sans délai pour éviter un nouveau massacre à El Obeid.
Il a comparé la situation à celle d’El Fasher, où des avertissements n’avaient pas été suivis d’efforts concrets, et a souligné que l’inaction risquait de rendre la communauté internationale complice des crimes de masse.
Il a également demandé au Conseil de sécurité de limiter l’usage du droit de veto pour permettre une réponse plus efficace aux crises humanitaires.
Les organisations humanitaires, comme l’OIM, alertent sur l’urgence de la situation : les familles sont déracinées plus vite que l’aide ne peut leur parvenir, et les routes de sortie sont devenues des pièges mortels.
Sans intervention immédiate, El Obeid pourrait devenir le prochain symbole des échecs de la protection des civils dans les conflits modernes.
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