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Souveraineté numérique : pourquoi il est si difficile de bâtir un système d’exploitation Android débarrassé de Google

Le Monde : Libertés numériques· 3 juillet 2026

Les éditeurs d’OS « dégooglisés » luttent encore pour se débarrasser totalement de leur dépendance au géant américain. Ils en appellent à une évolution des réglementations et à une politique de commande publique.

Résumé

1

Monopole des OS mobiles

Les systèmes d’exploitation (OS) pour smartphones sont dominés en Occident par deux acteurs principaux : Android de Google et iOS d’Apple.

Ces logiciels, qui constituent le cœur des téléphones, représentent ensemble un quasi-monopole sur le marché.

Leur contrôle s’étend à la gestion des applications, des notifications et des services essentiels, limitant ainsi la diversité des alternatives disponibles.

Cette domination s’explique par leur intégration étroite avec les écosystèmes de services (comme le Play Store pour Android ou l’App Store pour iOS), qui rendent les smartphones dépendants de leurs infrastructures.

En 2024, ces deux OS captent la quasi-totalité des parts de marché, laissant peu de place à d’autres solutions.

2

Android, un logiciel libre

Contrairement aux idées reçues, le système Android n’est pas entièrement propriété de Google.

Une grande partie de ses composants sont des logiciels libres, c’est-à-dire des programmes dont le code source est accessible à tous et peut être modifié ou réutilisé.

Cette caractéristique a permis à des développeurs indépendants de créer des versions alternatives d’Android, dites « dégooglisées ».

Parmi elles, deux projets français se distinguent : /e/ et Iodé.

Ces OS visent à offrir une expérience mobile sans dépendre des services de Google, tout en conservant une compatibilité avec les applications existantes.

Cependant, leur développement reste complexe en raison des éléments propriétaires encore nécessaires pour garantir une pleine fonctionnalité.

3

Les OS alternatifs français

Deux systèmes d’exploitation mobiles français, /e/ et Iodé, tentent de concurrencer Android et iOS en proposant des versions « dégooglisées » d’Android.

/e/ a été conçu par Gaël Duval, qui annonce une croissance annuelle de 60 % de ses revenus et revendique 100 000 utilisateurs réguliers.

De son côté, Iodé, développé par Antoine Maurino, compte quelques dizaines de milliers d’utilisateurs.

Ces chiffres, bien que modestes, illustrent une progression constante.

Cependant, leur part de marché combinée reste inférieure à 0,1 %, soulignant les défis majeurs pour s’imposer face aux géants du secteur.

Leurs promoteurs ambitionnent de devenir le « troisième écosystème mobile mondial » d’ici quelques années, mais cette trajectoire dépendra de leur capacité à attirer un public plus large.

4

Dépendance aux services Google

Les OS alternatifs comme /e/ ou Iodé peinent à offrir les mêmes fonctionnalités qu’Android ou iOS en raison de leur dépendance résiduelle à certains services propriétaires de Google.

Par exemple, le Play Store (magasin d’applications officiel d’Android) ou les services de notifications restent indispensables pour garantir une expérience utilisateur fluide.

Ces éléments, bien que non libres, sont cruciaux pour accéder à des applications populaires ou pour assurer la sécurité des appareils.

Sans eux, les OS alternatifs perdent en attractivité, car ils ne peuvent pas rivaliser avec les fonctionnalités complètes des systèmes dominants.

Cette dépendance technique limite leur autonomie et leur indépendance vis-à-vis de Google.

5

Défis de la souveraineté numérique

La création d’un système d’exploitation mobile entièrement indépendant des géants comme Google ou Apple représente un défi majeur pour la souveraineté numérique.

Les projets comme /e/ ou Iodé illustrent cette ambition, mais leur succès dépend de leur capacité à se passer des services propriétaires qui sous-tendent l’écosystème Android.

Actuellement, leur public reste limité à des utilisateurs engagés dans une démarche de protection des données ou de rejet des monopoles technologiques.

Pour élargir leur audience, ces OS devront soit développer des alternatives viables aux services Google, soit convaincre les développeurs d’adapter leurs applications à leurs plateformes.

Leur croissance future dépendra donc de leur capacité à combler ces lacunes techniques et à gagner en visibilité.

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