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Il y a deux mille ans, plusieurs dizaines de milliers de langues auraient été parlées dans le monde

Courrier International· 29 juillet 2026

Avec le développement de l’agriculture, la sédentarisation des chasseurs-cueilleurs nomades aurait permis un foisonnement linguistique, suggère une nouvelle étude. Un “âge d’or” qui aurait vu cohabiter plusieurs dizaines de milliers de langues, avant un déclin de cette diversité.

Résumé

1

Diversité linguistique passée

Il y a entre un millénaire avant notre ère et l’an mille, les chercheurs estiment que des dizaines de milliers de langues étaient parlées dans le monde.

Aujourd’hui, on en compte environ 7 000, mais ce chiffre ne représente qu’une infime partie de la diversité linguistique ancienne.

La plupart de ces langues anciennes n’ont laissé aucune trace écrite, ce qui rend leur étude complexe.

Pour estimer leur nombre, les scientifiques ont utilisé des modèles numériques basés sur des données démographiques et ethnographiques, en remontant jusqu’à environ 12 000 ans, au début de l’holocène.

Ces recherches s’appuient sur des hypothèses indirectes, car les preuves directes font défaut.

2

Âge d’or linguistique

Entre 20 000 et 75 000 langues distinctes auraient coexisté durant une période qualifiée d’“âge d’or linguistique”.

Cet essor linguistique serait lié à l’adoption de l’agriculture il y a environ 12 000 ans.

Les chasseurs-cueilleurs nomades se sont sédentarisés dans de petits groupes isolés, favorisant l’émergence de nombreuses langues locales.

Cet âge d’or n’a cependant pas duré, car la majorité de ces langues a disparu en l’espace d’un millénaire.

Les chercheurs suggèrent que des groupes culturels puissants, comme des empires ou des réseaux commerciaux, ont pu contribuer à ce déclin en imposant une langue unique.

3

Causes du déclin linguistique

Le déclin des langues anciennes pourrait s’expliquer par l’expansion de groupes monolingues via des conquêtes ou des échanges commerciaux.

Cependant, l’étude ne permet pas d’identifier un empire, une région ou un événement précis responsable de cette disparition massive.

Les chercheurs soulignent que d’autres facteurs, comme les migrations ou les changements climatiques, ont pu jouer un rôle.

Claire Bowern, de l’université Yale, précise que ces estimations restent une “hypothèse préliminaire”, car elles dépendent de variables difficiles à mesurer, comme la taille des groupes ethnolinguistiques ou l’impact de l’agriculture sur leur organisation sociale.

4

Débats parmi les experts

Certains linguistes remettent en question l’idée d’un âge d’or linguistique.

Lyle Campbell, de l’université de Hawaï, qualifie ces travaux de “hautement spéculatifs”, car les données disponibles sont limitées et sujettes à interprétation.

Johanna Nichols, professeure émérite à l’université de Californie à Berkeley, ajoute que même si de nombreuses langues coexistaient, elles formaient peut-être un continuum de dialectes mutuellement compréhensibles.

Dans un monde peu peuplé, les variations linguistiques pouvaient se mélanger, rendant les frontières entre langues floues.

Ces débats illustrent les limites des méthodes utilisées pour reconstruire l’histoire des langues anciennes.

5

Méthodes de recherche

Pour estimer le nombre de langues anciennes, les chercheurs ont combiné des données ethnographiques et des modèles numériques.

Ils ont simulé l’émergence et le déclin des langues en fonction de facteurs comme la taille des populations, les migrations ou les changements environnementaux.

Ces méthodes indirectes permettent de tester des hypothèses, mais elles restent sujettes à caution.

Les résultats, bien que révélateurs, ne fournissent pas de preuves définitives.

Les scientifiques insistent sur la nécessité de poursuivre les recherches pour affiner ces estimations et mieux comprendre les dynamiques linguistiques du passé.

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