De l'Ukraine au Soudan, en passant par Gaza: le nombre d'attaques contre les établissements de santé n'a jamais été aussi élevé
Le nombre d'attaques contre les infrastructures de santé et leur personnel a bondi ces dernières années. En vertu du droit international, l'écosystème médical bénéficie d'une protection spéciale. Celle-ci semble de moins en moins respectée, alertent les spécialistes.
Résumé
Attaques record en hausse
Depuis 2021, le nombre d’attaques contre les établissements de santé dans les zones de conflit a plus que doublé à l’échelle mondiale.
En 2024, plus de 2 500 attaques ont été recensées dans 33 pays, selon la coalition Safeguarding Health in Conflict.
Ces chiffres incluent des bombardements, des tirs d’artillerie ou des frappes de drones visant des hôpitaux, des ambulances ou des professionnels de santé.
Par exemple, en Ukraine, une sage-femme, Liubov Martynenko, a survécu à une attaque de drone contre son ambulance, malgré les symboles de protection (croix rouge et inscription « ambulanza ») clairement visibles.
Ces symboles, reconnus par le droit international, devraient normalement garantir une protection contre les attaques.
Pourtant, les incidents se multiplient, notamment depuis l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022 et le conflit à Gaza depuis 2023.
Protection bafouée
Le droit international humanitaire, notamment la première Convention de Genève de 1864, protège spécifiquement les hôpitaux, le personnel médical et les patients en temps de guerre.
Cette protection a été réaffirmée en 2016 par une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, condamnant explicitement les attaques contre les systèmes de soins.
Pourtant, ces règles sont de plus en plus ignorées.
En 2024, 247 attaques ont été recensées au Liban, causant la mort d’environ 150 professionnels de santé, malgré des cessez-le-feu fragiles.
Les acteurs étatiques, comme la Russie ou Israël, justifient parfois ces attaques en invoquant la « double utilisation » des hôpitaux, affirmant qu’ils serviraient aussi à des fins militaires.
Cependant, peu de preuves publiques étayent ces allégations, et le droit exige que des avertissements d’évacuation soient donnés avant toute frappe.
Technologie et conséquences
Les conflits modernes utilisent de plus en plus des drones et des technologies aériennes à longue portée, qui redéfinissent le champ de bataille.
Ces armes, souvent moins précises, tuent davantage de civils et endommagent les infrastructures civiles, dont les hôpitaux.
Les conséquences sont dramatiques : les accouchements sans assistance se multiplient, les épidémies et maladies évitables resurgissent, et les campagnes de vaccination sont interrompues.
Par exemple, la peur des citoyens de se rendre à l’hôpital, désormais perçu comme un lieu dangereux, aggrave la crise sanitaire.
Selon The Guardian, cette situation menace l’ensemble du droit humanitaire, car si les hôpitaux ne sont plus protégés, c’est tout le système de protection des civils qui s’effondre.
Responsabilités en question
Les organisations humanitaires, comme Médecins Sans Frontières (MSF), soulignent que les acteurs des conflits doivent désormais justifier pourquoi les hôpitaux ne devraient pas être ciblés, plutôt que l’inverse.
Rohini Haar, médecin et experte en droits de l’homme à l’université de Californie à Berkeley, alerte sur le risque d’effondrement du droit international si cette tendance se poursuit.
Les attaques récentes, souvent menées par des États, montrent que les règles existantes sont appliquées de manière inégale.
Liz Harding, représentante de MSF, résume ainsi la situation : *« Les hôpitaux ne devraient pas avoir à prouver leur neutralité ; ce sont ceux qui lancent les attaques qui doivent s’expliquer.
»*
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