Petite généalogie de l’IA visuelle
En quelques jours, des images générées par IA montrant Nicolás Maduro enlevé et incarcéré ont envahi les réseaux sociaux. Souvent prises au premier degré, ces productions comblent moins un manque d’information qu’elles n’expriment un nouveau rapport aux images : ludique, immédiat, synthétique. À tr…
Résumé
Nouveau rapport aux images
L’article souligne qu’avec l’arrivée des images générées par intelligence artificielle (IA), le rapport aux visuels change radicalement.
Contrairement aux photographies, vidéos ou émissions télévisuelles traditionnelles, qui reposaient sur une reproduction du réel, les images produites par IA ne cherchent pas à imiter la réalité.
Elles sont souvent créées pour divertir, comme des mèmes ou des détournements humoristiques, plutôt que pour informer ou tromper.
Par exemple, des vidéos virales ont montré Nicolás Maduro, président du Venezuela, dans des situations absurdes, accompagnées de musiques ou de références culturelles populaires.
Ces productions reflètent une évolution dans la façon dont les individus perçoivent et consomment les images, passant d’une logique de preuve visuelle à une logique de divertissement immédiat et synthétique.
Deepfakes et contexte historique
L’auteur, Gil Bartholeyns, historien et maître de conférences à l’Université de Lille, retrace une généalogie des images générées par IA en les comparant aux évolutions précédentes des médias visuels.
Il rappelle que la photographie, le cinéma et la télévision ont longtemps été perçus comme des reflets fidèles de la réalité, malgré leur subjectivité.
Avec les deepfakes (des images ou vidéos truquées par IA), cette croyance est remise en cause.
Bartholeyns souligne que ces nouvelles technologies permettent de créer des espaces visuels entièrement artificiels, sans lien avec le réel.
Il cite l’exemple des images de Maduro en survêtement Nike, diffusées massivement sur les réseaux sociaux en quelques jours, comme un cas emblématique de cette mutation.
Ces productions ne visent pas à tromper, mais à s’inscrire dans une logique de jeu et de viralité, typique des réseaux sociaux.
Rôle des réseaux sociaux
Les réseaux sociaux jouent un rôle central dans la diffusion et la réception des images générées par IA.
Contrairement aux médias traditionnels, qui vérifient et contextualisent les informations, les plateformes comme Twitter, Facebook ou TikTok permettent une diffusion instantanée et massive de contenus, même douteux.
Dans le cas des images de Maduro, certaines personnalités politiques et médias ont relayé ces productions au premier degré, sans toujours en vérifier l’authenticité.
Cela illustre un phénomène plus large : la perte de confiance dans les images traditionnelles, couplée à une acceptation croissante des contenus générés artificiellement.
Les deepfakes deviennent ainsi des outils de communication politique, mais aussi de divertissement, où l’ironie et l’absurde priment sur la véracité.
Différence avec les médias classiques
Bartholeyns insiste sur le fait que les images générées par IA diffèrent fondamentalement des médias visuels traditionnels comme la photographie ou le cinéma.
Ces derniers reposaient sur un point de vue situé dans l’espace réel, c’est-à-dire qu’ils capturaient une scène à un moment donné, avec une perspective limitée.
À l’inverse, les images produites par IA sont entièrement synthétiques et peuvent être modifiées à l’infini, sans contrainte physique ou temporelle.
Par exemple, une vidéo générée par IA peut montrer un personnage dans des situations impossibles ou anachroniques, comme Maduro discutant avec des dictateurs du XXe siècle.
Cette liberté créative ouvre la voie à une nouvelle forme d’expression visuelle, mais aussi à des usages détournés, comme la propagande ou la désinformation.
Impact sur la perception de l’actualité
L’article explique que l’afflux d’images générées par IA transforme la façon dont le public perçoit l’actualité.
Dans le cas de la crise vénézuélienne évoquée, ces images ont comblé un manque d’informations visuelles en temps réel, mais elles ont aussi nourri une forme de scepticisme généralisé.
Les spectateurs, habitués à voir des contenus truqués ou exagérés, peuvent douter de toute image, même authentique.
Bartholeyns note que cette méfiance s’étend au-delà des deepfakes : elle touche désormais l’ensemble des médias visuels, y compris les photographies et vidéos traditionnelles.
Cette évolution pose un défi majeur pour la crédibilité de l’information et la confiance dans les images, qu’elles soient réelles ou artificielles.
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