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À quoi croyons-nous encore ? : Y croire qu’est-ce que ça change ?

France Culture - Savoirs· 10 juillet 2026
À quoi croyons-nous encore ? : Y croire qu’est-ce que ça change ?

Les grands récits du 20ᵉ siècle se sont effondrés, mais le besoin de croire, lui, persiste en se déplaçant vers de nouveaux objets comme la technologie, l’écologie ou l’amour. Croire devient une action sans garantie. Pourquoi a-t-on besoin de faire encore ce pari de l'espérance ?

Résumé

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Effondrement des grands récits

Les idéologies et utopies du 20ᵉ siècle, comme le communisme, le progrès linéaire ou les promesses révolutionnaires, ont perdu leur crédibilité.

Ces grands récits (concepts philosophiques désignant des visions globales du monde et de l’histoire) ont structuré la pensée collective pendant des décennies, mais leur déclin s’est accéléré au tournant du 21ᵉ siècle.

Selon les intervenants de l’article, cette perte de repères n’a pas supprimé le besoin humain de croire en quelque chose.

Au contraire, ce besoin s’est déplacé vers de nouveaux objets : la technologie, l’écologie, l’amour ou encore des causes sociales comme le féminisme.

Par exemple, l’écologie est devenue un nouveau terrain de croyance, où l’on mise sur un avenir durable malgré l’absence de certitudes.

Ce phénomène illustre une transformation des valeurs, où les anciennes promesses politiques laissent place à des engagements plus concrets, mais tout aussi incertains.

2

Croire sans garantie

Croire, dans ce contexte, ne signifie plus adhérer à un dogme ou rejoindre un camp idéologique figé.

Les intervenants soulignent que croire est désormais une action sans garantie, un pari sur l’avenir où l’on accepte de ne pas avoir de certitudes.

Par exemple, croire en la technologie implique de faire confiance à des innovations dont les impacts réels restent souvent imprévisibles.

De même, croire en l’écologie, c’est miser sur des solutions dont l’efficacité dépend de nombreux facteurs externes, comme les politiques publiques ou les comportements individuels.

Cette forme de croyance repose sur une espérance active : elle pousse à agir, même en l’absence de preuves tangibles.

Marion Muller-Colard, théologienne protestante, précise que cette approche évite de confondre croyance et savoir, ce qui peut être un instrument de paix dans des sociétés divisées.

3

Nouveaux objets de croyance

Les objets de croyance se sont diversifiés et modernisés.

Parmi eux, l’écologie occupe une place centrale, avec la conviction que des changements radicaux sont possibles malgré les défis environnementaux.

Le féminisme, par exemple, incarne une croyance en l’égalité et en la justice sociale, portées par des mouvements comme #MeToo ou les luttes pour les droits des femmes.

L’amour, souvent perçu comme une émotion personnelle, est aussi analysé comme une force transformatrice capable de refaçonner le monde, selon le philosophe Emanuele Coccia.

Enfin, des causes comme la révolution verte ou les expériences postcapitalistes (alternatives économiques visant à dépasser le capitalisme traditionnel) émergent comme de nouveaux horizons de foi collective.

Ces croyances, bien que différentes, partagent une dimension collective et prospective.

4

Pourquoi y croire encore ?

Le besoin de croire persiste car il répond à une nécessité humaine fondamentale : donner un sens à l’action et à l’avenir.

Laurent Jeanpierre, professeur de science politique, explique que croire permet de se projeter dans un futur possible, même incertain.

Cette espérance n’est pas passive : elle motive des engagements concrets, comme militer pour une cause ou innover dans un domaine.

Par exemple, les expériences postcapitalistes mentionnées dans l’article (comme les coopératives autogérées ou les monnaies locales) sont des tentatives de concrétiser cette croyance en un autre modèle économique.

Croire devient ainsi un levier pour transformer la réalité, malgré l’absence de garanties.

Marion Muller-Colard ajoute que cette approche peut aussi servir de paix sociale, en évitant les conflits liés à des certitudes dogmatiques.

5

Rôle des intellectuels

Les intellectuels interrogés dans l’article jouent un rôle clé dans la réflexion sur ces nouvelles formes de croyance.

Laurent Jeanpierre, spécialiste des sciences politiques, analyse comment les idéologies traditionnelles ont laissé place à des engagements plus fragmentés mais tout aussi puissants.

Emanuele Coccia, philosophe, explore la dimension transformatrice de l’amour et des émotions dans la construction du monde.

Marion Muller-Colard, théologienne, interroge la place de la croyance dans un monde sécularisé, où la foi religieuse n’est plus le seul horizon possible.

Leurs travaux, comme Croire : qu’est-ce que ça change ? (2025) ou Traité de l’amour moderne (2026), cherchent à comprendre comment ces nouvelles croyances redéfinissent nos rapports au monde.

Leurs réflexions s’inscrivent dans un débat plus large sur la place de l’espoir dans les sociétés contemporaines.

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