Gagner les hauteurs
« L'estive », premier volet : monter à l'alpage. L’article Gagner les hauteurs est apparu en premier sur BALLAST..
Le métier de berger, autrefois peu valorisé, a connu une revalorisation progressive à partir des années 1980, d'abord dans les parcs nationaux alpins, puis dans l'ensemble des massifs montagneux français. Cette évolution a suscité un regain d'intérêt, notamment auprès de certaines classes moyennes. Marine et Jules, tous deux quadragénaires, illustrent cette tendance : ils ont été attirés par ce métier saisonnier en complément d'autres activités professionnelles. Leur parcours reflète une reconversion vers un emploi lié à la montagne, souvent perçu comme une quête de sens ou une alternative à un mode de vie urbain. L'article souligne que cette attractivité s'inscrit dans un contexte plus large de réhabilitation de métiers traditionnels, notamment dans les zones rurales et montagneuses.
L'article se déroule dans les Alpes-de-Haute-Provence, plus précisément dans le hameau isolé de Saint-Ours, situé à environ 40 kilomètres de Barcelonnette, dans la vallée de l'Ubaye. Ce village, perché à plus de 2 000 mètres d'altitude, marque le point de départ d'une ascension vers les estives, des pâturages d'altitude où les troupeaux de brebis sont menés pendant la période estivale. Le paysage est marqué par des sommets emblématiques comme l'aiguille de Chambeyron ou le bec de l'Aigle, ainsi que par des cols frontaliers comme celui de Larche, reliant la France à l'Italie. Ce cadre géographique, à la fois isolé et spectaculaire, joue un rôle central dans l'expérience des bergers, qui y trouvent un isolement propice à leur travail et à leur introspection.
Marine et Jules, les deux bergers suivis par l'auteur, incarnent le quotidien des nouveaux éleveurs de montagne. Depuis juillet, ils vivent seuls dans une cabane rudimentaire à Mallemort, à 2 000 mètres d'altitude, pendant une période d'estive qui dure environ un mois et demi. Leur journée est rythmée par la surveillance du troupeau, la gestion des chiens de berger, et les tâches liées à la vie en altitude, comme la préparation des repas ou l'entretien des infrastructures. Marine évoque la solitude inhérente à ce métier, malgré une coupure en août qu'elle qualifie de « luxe ». Leur mode de vie, à la fois physique et contemplatif, contraste avec les rythmes urbains et reflète une reconnexion avec la nature et les cycles saisonniers.
Jules, l'un des deux bergers, raconte son parcours atypique : après des années de travail saisonnier dans l'agriculture et des voyages à l'étranger, il se retrouve en situation de précarité, vivant chez des amis. C'est une rencontre fortuite avec des bergers en manque de main-d'œuvre qui lui permet de se reconvertir. Il participe à une transhumance de 15 jours, puis suit une formation d'un an pour obtenir son diplôme de berger. Treize ans plus tard, il n'a presque jamais quitté ce métier, illustrant ainsi une reconversion réussie vers une activité à la fois physique et porteuse de sens. Son témoignage met en lumière les opportunités offertes par les métiers de la montagne, ainsi que les parcours de reconversion possibles, même après des périodes de doute ou d'instabilité.
La cabane de Jules et Marine, située à Mallemort, est un espace minimaliste d'une dizaine de mètres carrés, équipé d'un lit, d'une petite cuisinière, d'un placard à vaisselle et d'un poêle à bois. L'électricité est fournie par des panneaux solaires, et l'eau provient probablement de sources locales. Les conditions de vie sont rudes : froid mordant, isolement, et accès limité aux commodités. Malgré cela, les deux bergers semblent s'accommoder de ce mode de vie, qui s'inscrit dans une logique de retour à une vie plus simple et en harmonie avec la nature. Leur environnement, marqué par des chiens de berger et un troupeau de brebis, renforce cette immersion dans un univers pastoral et autonome.
L'ascension vers les estives, décrite dans l'article, est présentée comme une métaphore de la quête de sens et de l'effort personnel. L'auteur s'inspire des écrits de Jean Giono, notamment *Les vraies richesses*, pour évoquer cette montée vers les hauteurs comme une forme de purification ou de découverte de soi. Le chemin, décrit comme un « calvaire », symbolise les obstacles à surmonter pour atteindre un état de plénitude ou de reconnexion avec la nature. Cette dimension symbolique est renforcée par la description du paysage, des couleurs du crépuscule, et de la lumière qui éclaire les montagnes, créant une atmosphère à la fois poétique et exigeante.

