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Laurent Duplomb et le Sénat veulent le réautoriser : révélations sur le flupyradifurone, cet autre pesticide «tueur d’abeilles»

Esteban Grépinet· 1 juillet 2026
Laurent Duplomb et le Sénat veulent le réautoriser : révélations sur le flupyradifurone, cet autre pesticide «tueur d’abeilles»

Lundi, la droite sénatoriale a validé le retour de deux puissants insecticides interdits en France : l'acétamipride et le flupyradifurone. Plus récent et moins connu, ce dernier présente lui aussi des risques importants pour la biodiversité, notamment les abeilles sauvages.

Résumé

1

Sénat réautorise deux pesticides

Le lundi 30 juin 2026, le Sénat français a adopté un amendement permettant la réautorisation de deux insecticides jusqu’ici interdits en France : l’acétamipride et le flupyradifurone.

Ces substances, initialement bannies pour leurs risques environnementaux et sanitaires, sont désormais de nouveau autorisées dans certaines cultures.

Cette décision s’inscrit dans le cadre de la loi d’urgence agricole et s’appuie sur une proposition inspirée par le sénateur Laurent Duplomb, connu pour ses positions favorables à l’agriculture intensive.

Le gouvernement français s’était opposé à cette réintroduction, soulignant les dangers de ces produits.

L’acétamipride, déjà controversé pour ses impacts sur la santé humaine, notamment chez les nourrissons, est particulièrement médiatisé.

Le flupyradifurone, moins connu du grand public, suscite également des inquiétudes croissantes parmi les scientifiques et les associations environnementales.

2

Flupyradifurone : un tueur d’abeilles

Le flupyradifurone est un insecticide systémique commercialisé depuis 2015 par le groupe Bayer sous le nom de Sivento.

Bien qu’il ne fasse pas partie de la famille des néonicotinoïdes (surnommés « tueurs d’abeilles »), il partage avec eux des caractéristiques toxiques majeures.

Comme les néonicotinoïdes, il agit sur le système nerveux des insectes, provoquant paralysie et mort.

Il est également systémique, c’est-à-dire qu’il pénètre à l’intérieur des plantes, des racines jusqu’aux fleurs, et peut ainsi contaminer les pollinisateurs comme les abeilles.

En France, il est interdit depuis décembre 2019, mais reste autorisé dans le reste de l’Union européenne, ce qui alimente des accusations de concurrence déloyale entre agriculteurs français et européens.

Environ 4 000 études scientifiques existent sur cette molécule, contre 30 000 pour l’acétamipride, reflétant un manque de données sur ses effets à long terme.

3

Risques pour l’eau potable

Le flupyradifurone présente un risque élevé de contamination des eaux souterraines et de dépassement des seuils de qualité pour l’eau potable, selon l’Agence européenne de sécurité des aliments (Efsa).

Ce pesticide est à la fois persistant dans les sols (il met des dizaines, voire des centaines de jours à se dégrader) et soluble dans l’eau, ce qui facilite son infiltration dans les nappes phréatiques.

L’Efsa estime que sa persistance dans les sols est « modérée à forte ».

Laure Mamy, directrice de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), souligne que « la probabilité qu’il soit entraîné vers les eaux souterraines est élevée ».

En 2016, l’Efsa manquait de données pour évaluer pleinement ce risque, mais des études ultérieures ont confirmé ces craintes.

En France, le décret de 2019 interdisant les néonicotinoïdes élargissait cette interdiction à tous les produits aux modes d’action similaires, mais le flupyradifurone reste autorisé ailleurs en Europe.

4

Perturbateur endocrinien suspecté

Le flupyradifurone est suspecté d’être un perturbateur endocrinien, c’est-à-dire une substance capable d’interférer avec la production d’hormones dans le corps humain.

Jean-Marc Bonmatin, chimiste-toxicologue au CNRS, indique qu’il existe « de fortes suspicions d’effets perturbateurs endocriniens », similaires à ceux observés avec d’autres néonicotinoïdes.

Une étude académique menée sur des rats en 2022 a révélé des effets sur les hormones de la thyroïde.

En 2016, l’Efsa avait conclu qu’il manquait de données pour confirmer ce risque.

Les perturbateurs endocriniens sont particulièrement préoccupants car ils peuvent avoir des conséquences graves sur la santé, notamment chez les populations vulnérables comme les nourrissons ou les femmes enceintes.

Ces effets restent cependant difficiles à prouver de manière définitive en raison de la complexité des mécanismes biologiques en jeu.

5

Menace pour les abeilles sauvages

Le flupyradifurone est particulièrement toxique pour les abeilles, tant domestiques que sauvages.

Pour les abeilles domestiques, il est plus toxique par ingestion que l’acétamipride, mais moins que d’autres néonicotinoïdes.

Il agit comme un neurotoxique, c’est-à-dire qu’il cible le système nerveux central des insectes, provoquant une mortalité aiguë à haute dose ou des effets sublétaux (non mortels mais graves) à faible dose.

Ces effets sublétaux incluent des troubles du comportement, une réduction des capacités motrices, une altération de l’apprentissage du goût ou des dates de butinage.

Une étude américaine de 2019 a montré que le flupyradifurone, combiné à un fongicide, avait des « effets synergiques néfastes » sur la survie et le comportement des abeilles.

En France, près d’un millier d’espèces d’abeilles sauvages pourraient être touchées, mais les données restent limitées.

L’Efsa a estimé en 2022 que l’abeille découpeuse, une espèce solitaire, pourrait être « disproportionnellement sensible » à ce pesticide.

6

Évaluation européenne en suspens

En 2022, une étude grecque mandatée par l’Efsa a révélé que le flupyradifurone présentait « un risque élevé pour les abeilles dans tous les scénarios pertinents ».

Cependant, ce rapport reste incomplet en raison d’un manque de données fournies par Bayer, notamment sur la toxicité par voie orale.

Pauline Cervan, toxicologue à l’association Générations futures, dénonce un « système d’évaluation défaillant » : bien que ce document existe depuis trois ans, il n’a toujours pas été publié officiellement.

Pire, l’approbation du flupyradifurone a été prolongée jusqu’au 9 juin 2029, alors que la Commission européenne disposait de ces informations.

En mars 2026, Générations futures et le réseau PAN Europe ont écrit à la Commission pour lui demander d’accélérer le réexamen de ce pesticide, en lui transmettant plus de 70 études non prises en compte.

Cette situation illustre les lacunes du processus d’évaluation des pesticides au niveau européen, où les délais et le manque de transparence retardent l’adoption de mesures protectrices.

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