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Les Albanais dans les rues rêvent toujours d’Europe et de changement

Courrier International· 5 juillet 2026

Le pays des Balkans vit depuis des semaines au rythme des manifestations qui réclament la démission du gouvernement, coupable d’avoir permis la construction d’un complexe touristique de luxe dans un lagon protégé. Mais les problèmes de l’Albanie sont bien plus nombreux, explique le quotidien italie…

Résumé

1

Mouvement citoyen albanais

En Albanie, un mouvement citoyen nommé Shqipëria Bëhet (« L’Albanie devient ») organise des référendums citoyens, une première dans l’histoire du pays depuis la chute du régime communiste en 1991.

Ce mouvement, principalement porté par des jeunes, collecte des signatures devant le ministère de l’Intérieur à Tirana pour proposer deux référendums.

Le premier vise à abolir une loi sur les investissements stratégiques, un dispositif qui permet à une minorité d’entrepreneurs de bénéficier de conditions très avantageuses, comme l’achat de terrains pour seulement 1 euro ou l’exonération totale d’impôts sur les bénéfices.

Le second référendum s’oppose à une loi favorisant l’exploitation de zones montagneuses, alors que le littoral albanais est déjà fortement exploité et menacé par la surexploitation.

Ces initiatives reflètent une volonté de changement et de transparence dans la gestion des ressources et des terres en Albanie.

2

Loi controversée sur investissements

La législation sur les investissements stratégiques en Albanie permet à des entrepreneurs de bénéficier d’avantages exceptionnels.

Par exemple, ces derniers peuvent acquérir des terrains pour seulement 1 euro symbolique, et sont exonérés d’impôts sur les bénéfices réalisés.

Ce dispositif, critiqué pour son opacité et ses bénéfices limités à une minorité, est au cœur du premier référendum proposé par Shqipëria Bëhet.

Les opposants à cette loi estiment qu’elle favorise la corruption et les inégalités, en permettant à quelques acteurs économiques de s’enrichir sans contrepartie pour l’État ou la population.

Ce mécanisme est souvent associé à des projets immobiliers ou industriels contestés, notamment sur le littoral albanais, déjà menacé par une exploitation intensive.

3

Exploitation des montagnes contestée

Le second référendum proposé par Shqipëria Bëhet s’oppose à une loi visant à faciliter l’exploitation de certaines zones montagneuses en Albanie.

Ce texte, critiqué par les écologistes et les citoyens, intervient dans un contexte où le littoral albanais est déjà surexploité par le tourisme de masse et les projets immobiliers.

Les opposants craignent que cette nouvelle loi n’aggrave la dégradation des écosystèmes montagneux, déjà fragilisés par des décennies de négligence ou de pillage des ressources naturelles.

Les montagnes albanaises abritent des réserves naturelles comme la Vjosa-Narta, un écosystème unique protégé, mais menacé par des projets d’extraction ou de construction.

Ce référendum s’inscrit dans une logique de préservation environnementale et de rejet des politiques perçues comme destructrices.

4

Adriatik Lapaj et son parti

Adriatik Lapaj, un avocat de 38 ans, est la figure centrale du mouvement Shqipëria Bëhet et du parti politique qu’il a fondé il y a trois ans.

Cet ancien organisateur de manifestations a notamment mené une grève de 108 jours devant le palais du Premier ministre Edi Rama, accusant ce dernier de corruption.

Lapaj est parfois comparé à Peter Magyar, une figure politique hongroise connue pour son opposition au gouvernement en place.

Malgré une loi électorale conçue pour marginaliser les nouveaux partis et les empêcher d’accéder au Parlement albanais, le mouvement de Lapaj a réussi à faire élire l’un de ses membres lors des dernières élections.

Cette percée politique illustre une dynamique de renouvellement de la classe politique albanaise, souvent perçue comme corrompue et déconnectée des citoyens.

5

Contexte politique albanais

L’Albanie, indépendante depuis 1912 et sortie du régime communiste en 1991, est dirigée depuis plusieurs années par le Premier ministre Edi Rama, dont le gouvernement est régulièrement accusé de corruption et de manque de transparence.

Le pays, candidat à l’adhésion à l’Union européenne depuis 2014, doit pourtant respecter des critères stricts en matière de gouvernance et de lutte contre la corruption pour espérer intégrer le bloc européen.

Les mouvements citoyens comme Shqipëria Bëhet reflètent une frustration croissante de la population, en particulier des jeunes, face à un système politique perçu comme verrouillé.

La collecte de signatures pour des référendums citoyens est une tentative de contourner les institutions traditionnelles et de donner une voix directe aux citoyens dans les décisions politiques majeures.

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