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Mobiliser la justice face aux épidémies : en Italie, six ans après le covid, le succès d’une association de parents de victimes

<name>Chiara Alfieri, Anthropologue de la santé, Institut de recherche pour le développement (IRD)</name> <foaf:homepage rdf:resource="https://theconversation.com/profiles/chiara-alfieri-1830166"/>· 5 juillet 2026

L’essentiel En France notamment, dans les années 1990, les mobilisations associatives en contexte de pandémie de VIH ont eu pour effet le développement de la « démocratie sanitaire ». Six ans après le covid, une recherche en anthropologie auprès d’une association de parents de victimes du covid à B…

Résumé

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Contexte historique

Dans les années 1990, en France, les mobilisations associatives lors de la pandémie de VIH ont conduit au développement de la «démocratie sanitaire».

Ce concept, inscrit dans la loi française, vise à associer usagers, professionnels de santé et décideurs publics dans l'élaboration des politiques de santé.

Cependant, son application varie selon les pays et est souvent remise en question lors de chaque nouvelle épidémie.

Par exemple, en République démocratique du Congo, la gestion de l'épidémie d'Ebola en 2026 montre encore des difficultés à impliquer les populations malgré les progrès médicaux.

2

Origine de l'association

En Italie, l'association Sereni e sempre uniti («Sereins et toujours unis») a été créée en 2020 par des familles de victimes du Covid-19 à Bergame, premier foyer européen de la pandémie.

Contrairement à d'autres associations, elle a choisi une approche juridique pour faire appliquer la démocratie sanitaire.

Initialement axée sur l'entraide, elle s'est rapidement tournée vers le plaidoyer et les actions en justice pour obtenir des réponses sur les défaillances de la gestion de la crise sanitaire.

Son objectif était de restituer la dignité aux victimes et d'impliquer davantage les citoyens dans les décisions futures.

3

Gestion défaillante en Lombardie

La Lombardie, région italienne où Bergame est située, dispose d'un système de soins réputé mais affaibli par des politiques de privatisation agressives.

Pendant la première vague de Covid-19 en 2020, la saturation des hôpitaux et le manque de ressources ont conduit à des scènes tragiques : files d'attente interminables aux urgences, pénurie d'oxygène médical, décès à domicile par asphyxie et accumulation de cadavres dans les églises.

Environ 6 000 décès ont été recensés dans la province de Bergame.

Les familles ont dénoncé des mesures qualifiées de «bricolées» et des négligences dans la gestion de la crise.

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Stratégie juridique de l'association

L'association Sereni e sempre uniti a déposé 700 plaintes contre le ministère de la Santé italien, la présidence du Conseil des ministres et les administrateurs de la Lombardie.

Accompagnée par des juristes comme l'avocate Consuelo Locati, elle a mené une bataille légale pour établir la vérité et la justice.

En avril 2020, le Parquet de Bergame a ouvert une enquête qui a duré trois ans et abouti à la mise en examen de fonctionnaires et de politiciens.

Cette démarche visait aussi à restaurer la dignité des victimes et à renforcer l'implication des citoyens dans les futures politiques sanitaires.

5

Victoire juridique majeure

Le 10 avril 2025, la Cour suprême de cassation italienne a élargi la définition du crime «d’épidémie coupable» pour y inclure «l’omission, la négligence, l’inaction et le silence en contexte d’obligation d’informer».

Cet arrêt pourrait permettre la réouverture de procédures pénales contre des responsables politiques et sanitaires.

En 2024, la Cour européenne des Droits de l’homme (CEDH) avait déjà accepté d'instruire un dossier présenté par l'association, révélant des violations des droits humains dans la gestion de la pandémie.

Le 24 mars 2026, le tribunal pénal de Rome a reconnu les familles comme victimes, confirmant que le plan pandémique national n'avait pas été mis à jour par manque de moyens.

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Impact sur la démocratie sanitaire

L'action de Sereni e sempre uniti a permis de redonner un sens aux épreuves vécues par les familles, en transformant des deuils jugés injustes en une mobilisation collective.

Elle a aussi renforcé le pouvoir des associations face aux autorités en Italie et ailleurs.

La requalification juridique du «crime d’épidémie coupable» pourrait inspirer d'autres pays à inclure dans leurs législations des sanctions pour négligence ou omission dans la gestion des épidémies.

L'objectif est de responsabiliser les États et de renforcer la confiance des populations dans les systèmes de santé.

7

Perspectives futures

La mobilisation de Sereni e sempre uniti a ouvert une brèche dans l'immunité des autorités italiennes concernant les défaillances de la gestion du Covid-19.

Cependant, des étapes restent à franchir, notamment l'élargissement du périmètre juridique pour inclure la «préparation aux épidémies» et la «participation communautaire».

L'association continue son travail de documentation pour soutenir les procédures judiciaires en cours.

Son exemple montre que la persévérance associative peut ancrer davantage la démocratie sanitaire et donner un pouvoir concret aux citoyens face à l'État.

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