« Notre histoire. Chroniques du Caire » d’Abu Bakr Shawky, une vertigineuse épopée nationale
Étalé sur plus de deux décennies, « Notre histoire. Chroniques du Caire » d’Abu Bakr Shawky puise sa matière première dans l’intime et le roman national, avec un sens acéré du récit, sans rien sacrifier à l’humour..
Le film Notre histoire. Chroniques du Caire du réalisateur Abu Bakr Shawky est une œuvre ambitieuse qui mêle récit personnel et grande histoire. Tourné sur plus de deux décennies, il couvre la période de 1967 à 1983 en Égypte, une époque marquée par trois guerres et l’assassinat d’un président. Le film suit Ahmed, un pianiste égyptien frustré, et sa famille excentrique, obsédée par le football et malchanceuse. Il intègre également l’histoire de Liz, une correspondante autrichienne liée à Ahmed. Shawky parvient à lier l’intime et le national sans sacrifier l’humour ni la complexité du récit.
Le film se distingue par sa représentation d’un chaos généralisé, à la fois dans l’appartement familial étroit et dans les rues du Caire. Les mouvements de caméra rapides et les scènes de rue animées créent une ambiance vertigineuse et comique. Shawky utilise cette cacophonie de voix, de chansons, de sirènes et de bombes pour composer une musique unique, presque joyeuse malgré le contexte historique difficile. Le film est décrit comme l’une des œuvres les plus bruyantes et vivantes de l’année, mêlant humour et profondeur narrative.
L’intrigue se déroule entre 1967 et 1983, une période charnière pour l’Égypte. En 1967, le pays subit une défaite militaire majeure face à Israël lors de la guerre des Six Jours. En 1970, le président Gamal Abdel Nasser décède, marquant un tournant politique. En 1973, l’Égypte lance une offensive surprise contre Israël lors de la guerre du Kippour, suivie par un traité de paix en 1979. En 1981, le président Anouar el-Sadate est assassiné. Ces événements servent de toile de fond aux tribulations de la famille d’Ahmed, illustrant comment les grands bouleversements nationaux impactent les vies individuelles.
Le film alterne entre les histoires personnelles des personnages et les événements historiques majeurs. Ahmed, pianiste frustré, incarne la quête de réussite artistique dans un pays en proie à des crises politiques et sociales. Sa famille, obsédée par le football et marquée par la malchance, représente une micro-société égyptienne typique. Liz, la correspondante autrichienne, ajoute une dimension interculturelle, reliant l’Égypte à l’Europe. Cette structure narrative permet de montrer comment les destins individuels s’entrelacent avec l’histoire collective.
Le style du film est marqué par des mouvements de caméra dynamiques, une bande-son riche et une ambiance sonore omniprésente. Présenté en Sélection officielle au Festival de Cannes 2018, *Yomeddine* avait déjà révélé le talent de Shawky. *Notre histoire. Chroniques du Caire* confirme cette maîtrise, offrant une expérience cinématographique immersive et émotionnelle. Le film est salué pour son équilibre entre humour, drame et épopée nationale, en faisant une œuvre accessible tout en restant profondément ancrée dans son contexte historique.

