La fée Morgane : comment la sœur du roi Arthur est-elle devenue la plus célèbre des sorcières médiévales ?
Guérisseuse, experte en mathématiques et reine d'Avalon dans les premiers récits, la fée Morgane était à l'origine une figure profondément positive. (ici La mort du roi Arthur, de James Archer, 1860). James Archer, 1860/Wikimedia , CC BY Bien avant d’incarner la sorcière maléfique, la fée Morgane é…
Résumé
Origine ancienne
La fée Morgane apparaît pour la première fois vers 1150 dans un poème épique intitulé Vita Merlini (La Vie de Merlin), écrit par le clerc gallois Geoffroy de Monmouth.
À cette époque, elle est présentée comme une reine positive et puissante, gouvernant l’île magique d’Avalon aux côtés de huit sœurs.
Morgane y est décrite comme une guérisseuse experte en phytothérapie, une métamorphe capable de changer d’apparence, et une mathématicienne enseignant ces disciplines à ses sœurs.
Ces attributs reflètent les connaissances scientifiques et médicales de l’époque, où la philosophie naturelle (ancêtre de la science moderne) cherchait à expliquer le monde par l’observation et le raisonnement.
Geoffroy de Monmouth s’inspire en partie de l’impératrice Mathilde, une femme politique influente du XIIe siècle, pour façonner ce personnage vertueux et chaste.
Évolution du personnage
À partir du XIIe siècle, les romans de chevalerie français transforment Morgane en une figure plus sombre.
Elle devient la demi-sœur du roi Arthur, née d’une mère commune mais d’un père différent.
Son caractère s’assombrit : elle passe de guérisseuse bienveillante à une magicienne vindicative et cruelle, utilisant ses pouvoirs pour piéger les chevaliers d’Arthur, notamment Lancelot.
Par exemple, elle crée le Val sans Retour, une vallée où les hommes infidèles à leur bien-aimée sont piégés pendant des décennies.
Elle utilise aussi des sortilèges de sommeil pour enlever Lancelot.
Ces changements reflètent l’évolution des croyances médiévales sur la magie et la sorcellerie, où l’indépendance et la puissance féminine étaient souvent associées à des forces maléfiques.
Symbolique médiévale
L’évolution de Morgane illustre aussi les codes stricts des romans de chevalerie, un genre littéraire dominant entre le XIIe et le XVe siècle.
Dans ces récits, le chevalier et sa bien-aimée doivent surmonter des épreuves pour être réunis.
Morgane, en tant que personnage indépendant et puissant, incarne souvent l’obstacle à franchir.
Malgré cette transformation en antagoniste, elle reste l’un des personnages les plus populaires de la légende arthurienne.
Son image de femme puissante, indépendante et parfois maléfique a marqué l’imaginaire collectif, influençant des figures ultérieures comme la Sorcière blanche des Chroniques de Narnia ou les sorcières des contes de fées modernes.
Elle est aujourd’hui considérée comme l’archétype de la sorcière médiévale.
Influence culturelle
La fée Morgane a traversé les siècles et inspiré de nombreuses adaptations modernes.
Des séries comme Merlin (BBC, 2008-2012) ou Camelot (2011) la présentent comme une alliée de Mordred, opposée au roi Arthur et à ses chevaliers.
Ces versions perpétuent l’image d’une magicienne maléfique, ennemie du bien.
Pourtant, son héritage va bien au-delà : elle incarne l’archétype de la sorcière dans la culture populaire, apparaissant dans des univers variés comme les comics DC et Marvel.
Son influence se retrouve dans des œuvres comme La Belle au bois dormant, où la fée maléfique partage des traits avec Morgane.
Ainsi, plus de huit siècles après sa première apparition, elle reste une figure centrale de notre imaginaire collectif.
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