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«On joue avec notre santé» : ce pompier mobilisé en Gironde dénonce le manque de moyens face aux incendies

Mathilde Picard· 30 juillet 2026
«On joue avec notre santé» : ce pompier mobilisé en Gironde dénonce le manque de moyens face aux incendies

Laurent Guilloteau est pompier dans les Bouches-du-Rhône et représentant syndical CGT des Services départementaux d’incendie et de secours (Sdis). Il revient de Gironde, où il a prêté main-forte à ses collègues locaux contre l’incendie qui ravage une partie du département. Dans cet entretien à Vert…

Résumé

1

Un incendie hors norme

L’incendie qui a ravagé plus de 42 000 hectares en Gironde en juillet 2026 est le plus important en France depuis 1949.

Laurent Guilloteau, pompier professionnel depuis 23 ans, décrit un feu totalement différent de ceux qu’il a connus auparavant.

Il souligne trois aspects exceptionnels : sa superficie, son intensité et son évolution imprévisible.

Contrairement aux feux de forêt classiques, celui-ci a créé son propre vent, appelé pyrocumulonimbus (un nuage généré par l’énorme brasier qui provoque des orages et aggrave le feu).

Ce phénomène a rendu la propagation des flammes anarchique et difficile à anticiper, même lorsque le vent soufflait dans une direction opposée.

Les pompiers ont dû faire face à des changements de direction soudains, rendant leur travail encore plus complexe.

L’intensité du feu était telle que les équipes ont parfois dû battre en retraite face à des flammes qu’elles ne pouvaient contrôler.

2

Manque criant de moyens

Les pompiers en Gironde manquent cruellement de moyens matériels et humains pour lutter contre les incendies.

Laurent Guilloteau explique que les camions-citernes dédiés aux feux de forêt sont insuffisants, au point d’utiliser parfois des véhicules conçus pour les incendies urbains, moins adaptés et moins sûrs.

La flotte aérienne est également sous-dimensionnée : sur les douze Canadair (avions bombardiers d’eau) disponibles en France, seuls cinq étaient opérationnels un jour donné en Gironde, en raison de l’âge des appareils.

Les Canadair et Dash (autres avions de lutte contre les incendies) sont inefficaces sans des équipes au sol pour parfaire l’extinction, mais ces dernières manquent cruellement.

La CGT estime qu’il faudrait au moins 16 000 pompiers professionnels supplémentaires en France pour combler les besoins.

Les promesses faites par Emmanuel Macron après les incendies de 2022 n’ont, selon le pompier, pas été tenues.

3

Risques sanitaires majeurs

Les pompiers sont exposés à des risques sanitaires graves en raison des fumées toxiques dégagées par les incendies.

Ces fumées contiennent des substances dangereuses comme le monoxyde de carbone, le benzène ou le cyanure.

Laurent Guilloteau souligne que les masques FFP3, pourtant essentiels pour se protéger, sont souvent indisponibles en quantité suffisante.

Les pompiers travaillent parfois jusqu’à 21 heures d’affilée, respirant ces fumées toxiques pendant de longues périodes.

Selon la Direction générale de la sécurité civile, une centaine de pompiers ont déjà été blessés ou intoxiqués, mais ce chiffre pourrait être bien plus élevé si tous avaient été testés.

L’absence d’outil harmonisé pour tracer l’exposition des pompiers à ces risques aggrave la situation, rendant impossible l’évaluation précise des dangers encourus.

4

Épuisement et sous-effectifs

La saison des incendies 2026 a débuté très tôt en France, avec déjà 115 000 hectares brûlés depuis le début de l’année.

Les pompiers sont épuisés en raison de l’intensité des feux, du manque de sommeil (parfois seulement 3 heures par nuit) et des déplacements longs (jusqu’à 10 heures en camion).

Les équipes en renfort doivent souvent être engagées immédiatement à leur arrivée, sans temps de repos, ce qui affecte leur vigilance et augmente les risques d’accidents.

Laurent Guilloteau explique que les pompiers professionnels sont déjà sollicités pour d’autres missions quotidiennes, comme les secours d’urgence aux personnes victimes de coups de chaleur.

Les pompiers volontaires aident également leurs collègues en vacances, mais leur disponibilité reste limitée.

La sécheresse historique des végétaux, liée à des niveaux de sécheresse inédits en France, transforme les forêts en poudrières, aggravant encore la situation.

5

Solidarité locale précieuse

Malgré les difficultés, la solidarité locale a joué un rôle clé pour soutenir les pompiers en Gironde.

Les maires et les élus ont accueilli chaleureusement les équipes, tandis que les agriculteurs ont facilité l’accès à l’eau pour les camions-citernes.

Les habitants ont apporté une aide concrète : lessives, repas préparés à la maison, matelas et draps propres, et même des gâteaux faits maison.

Ces gestes simples ont permis aux pompiers de bénéficier de quelques heures de repos dans des conditions plus décentes, malgré des temps de sommeil très réduits (3 à 4 heures maximum).

Laurent Guilloteau souligne que cette solidarité, qu’il n’avait jamais vue à ce niveau depuis le début de sa carrière, a été un soutien moral et logistique précieux pour les équipes épuisées.

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