Dépendante à 97 % du carburant russe, la Mongolie contrainte de rationner l’essence
La crise du carburant russe ne frappe plus seulement l’Asie centrale. La Mongolie va imposer à partir du mardi 4 août un rationnement inédit aux automobilistes de la capitale Oulan-Bator, où les réserves fondent et où les files d’attente s’allongent devant les stations-service..
À partir du 4 août 2026, la Mongolie impose un rationnement strict de l’essence dans sa capitale, Oulan-Bator, en raison d’une pénurie critique. Les automobilistes ne pourront faire le plein qu’un jour sur deux, selon le dernier chiffre de leur plaque d’immatriculation. Par exemple, les véhicules dont la plaque se termine par 1 ou 2 pourront acheter du carburant les lundis et mardis, ceux se terminant par 3 ou 4 les mercredis et jeudis, et ainsi de suite. Les achats sont limités à 50 000 tugriks (environ 12 euros), soit 17 litres d’essence standard (AI-92). Le remplissage de bidons est interdit pour éviter le marché noir. Les autorités appellent à respecter ce calendrier pour éviter la panique, alors que des files d’attente se forment dès la nuit devant certaines stations-service.
La Mongolie dépend à 97 % de la Russie pour son approvisionnement en carburant, une situation qui la rend vulnérable aux crises du marché russe. En 2026, les frappes de drones ukrainiens ont endommagé 26 raffineries russes, réduisant la production de carburant d’au moins 30 %. Cette baisse, combinée à une demande accrue (notamment pour le tourisme estival et les travaux agricoles), a provoqué la pire crise énergétique en Russie depuis l’effondrement de l’Union soviétique. Bien que Moscou ait exempté la Mongolie de son embargo sur les exportations de carburant jusqu’en janvier 2027, les livraisons restent insuffisantes. Fin juillet 2026, le pays ne disposait plus que de 17 jours de réserves d’essence AI-92 et de 23 jours de diesel.
La pénurie d’essence a des répercussions directes sur la vie quotidienne des Mongols. Les files d’attente aux stations-service s’allongent, parfois sur plusieurs heures, et certaines pompes sont vides depuis le 29 juillet 2026. Les habitants décrivent des situations contrastées : dans certaines stations, il est encore possible de faire le plein rapidement, tandis que d’autres sont complètement à sec. La situation varie aussi selon le type de carburant : le diesel semble plus disponible que l’essence AI-92. Les autorités tentent de rassurer la population en insistant sur le respect des règles de rationnement, mais des mouvements de panique persistent, avec des conducteurs dormant près des stations pour être parmi les premiers à la réouverture.
Face à cette crise, la Mongolie accélère sa diversification énergétique. Le 30 juillet 2026, un accord historique a été signé avec la Corée du Sud pour importer 50 000 tonnes de produits pétroliers par mois, dont 20 000 tonnes d’essence AI-92 et 20 000 tonnes de diesel. La Chine a également promis une livraison urgente de 6 000 tonnes supplémentaires. Ces importations permettront de couvrir plus de 33 % des besoins mensuels mongols en essence et une partie des besoins en diesel. Au total, 270 910 tonnes de carburant seront importées en août 2026 depuis la Russie, la Corée du Sud et la Chine. Cependant, cette solution reste temporaire, car la Mongolie vise une indépendance énergétique avec la construction d’une raffinerie locale, prévue pour 2028.
La Mongolie n’est pas le seul pays d’Asie centrale touché par la crise du carburant russe. Le Kirghizistan et le Tadjikistan importent respectivement 95 % et 70 % de leurs hydrocarbures de Russie, et subissent aussi des pénuries. Pour faire face à cette dépendance, certains pays comme le Kazakhstan deviennent des alternatives pour les conducteurs mongols, mais les distances et les coûts limitent cette solution. La Mongolie mise donc sur des partenariats internationaux pour sécuriser ses approvisionnements, tout en préparant une production locale à moyen terme. En attendant, le rationnement et les importations d’urgence restent les seules options pour éviter un blocage total de l’économie.

