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Pourquoi est-ce si difficile d’estimer les bénéfices et les coûts du Brexit ?

<name>Bernd Philipp, Docteur en sciences de gestion, enseignant chercheur en logistique et SCM, ESCE International Business School</name> <foaf:homepage rdf:resource="https://theconversation.com/profiles/bernd-philipp-2632080"/>· 6 juillet 2026

Après le Brexit, en 2020, l’Union européenne a dû affronter la pandémie de Covid-19, le choc des prix de l’énergie des suites de la guerre en Ukraine et de la crise du détroit d’Ormuz. Alors, comment mesurer efficacement les conséquences du Brexit pour les entreprises ? Une étude propose de l’analy…

Résumé

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Brexit comme risque économique

Le Brexit, c’est-à-dire la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE) effective depuis le 31 janvier 2020, a été analysé comme un risque pour les entreprises.

Cette approche s’inspire des outils de la gestion des risques (risk management), une méthode qui permet d’identifier, d’évaluer et de gérer les menaces pour une organisation.

Dans ce contexte, le Brexit est considéré soit comme un événement de risque en soi, soit comme un facteur générant d’autres risques, notamment pour les chaînes d’approvisionnement (supply chains).

Ces dernières désignent l’ensemble des étapes reliant les fournisseurs, les producteurs, les transporteurs et les clients, depuis l’extraction des matières premières jusqu’à la livraison du produit final.

L’objectif est d’aider les décideurs économiques et politiques à mieux comprendre les impacts du Brexit en utilisant des méthodes comme la Failure Modes and Effects Analysis (FMEA), un outil qui permet de repérer les défaillances potentielles d’un système et leurs conséquences.

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Impact global sur l'économie

Mesurer précisément les coûts et les bénéfices du Brexit s’avère complexe en raison de plusieurs facteurs.

D’abord, le Royaume-Uni a quitté l’UE en 2020, année marquée par la pandémie de Covid-19, puis par la guerre en Ukraine et la crise énergétique.

Selon la Cour des comptes française, l’excédent commercial de la France avec le Royaume-Uni a chuté de 12,7 milliards d’euros en 2019 à 5,6 milliards en 2021.

Au Royaume-Uni, une étude du National Bureau of Economic Research (NBER) estime que l’investissement des entreprises a diminué de 12 % à 13 %, l’emploi de 3 % à 4 % et la productivité de 3 % à 4 % depuis le référendum de 2016.

Pourtant, le Fonds monétaire international (FMI) indique que l’économie britannique a progressé d’environ 5 % entre 2020 et 2024, une croissance supérieure à celle de la France et comparable à celle de l’Italie.

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Gagnants et perdants variables

Les conséquences du Brexit varient selon les pays (Royaume-Uni, Irlande, États-Unis, Chine) et les secteurs industriels (alimentaire, chimique, automobile).

Par exemple, en France, le nombre d’entreprises exportatrices vers le Royaume-Uni est passé de 9 000 en 2018 à 8 000 en 2021.

Les impacts peuvent être exogènes (augmentation des droits de douane, formalités administratives supplémentaires) ou endogènes (stratégies des entreprises pour s’adapter, comme la relocalisation ou l’innovation).

Les barrières commerciales incluent des coûts tarifaires (droits de douane) et non tarifaires (contrôles, normes, procédures administratives), ainsi que des difficultés de recrutement et des retards logistiques.

Dans le secteur alimentaire, ces coûts se traduisent par une hausse des prix, des pénuries de main-d’œuvre et une moindre efficacité du modèle juste-à-temps (just-in-time), qui repose sur des livraisons rapides et fréquentes.

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Stratégies d'adaptation des entreprises

Face aux défis posés par le Brexit, les entreprises adoptent différentes stratégies pour limiter les risques.

Une revue de la littérature académique a identifié trois principales approches.

La première est la relocalisation des chaînes d’approvisionnement, qui consiste à rapprocher les sites de production ou de stockage des marchés clients pour réduire les coûts et les délais.

La deuxième est l’utilisation de nouvelles technologies comme la blockchain, qui permet une meilleure traçabilité des marchandises et une gestion plus efficace des formalités administratives.

Enfin, la coopération entre entreprises, qu’elle soit verticale (entre fournisseurs, fabricants et distributeurs) ou horizontale (entre entreprises d’un même secteur), favorise le partage d’informations et de ressources pour renforcer la résilience face aux perturbations.

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Cadre d'analyse innovant

L’étude propose un cadre d’analyse inédit pour évaluer l’impact du Brexit sur les entreprises, en s’appuyant sur la gestion des risques des chaînes d’approvisionnement.

Ce cadre permet de distinguer les effets directs du Brexit (comme l’augmentation des droits de douane) des réactions des entreprises (comme la relocalisation ou l’innovation).

Il met également en lumière des concepts peu exploités jusqu’ici, comme les stratégies d’atténuation des risques (mesures pour réduire l’impact des perturbations) et les capacités de résilience (aptitude à s’adapter et à se rétablir après un choc).

L’objectif est d’aider les décideurs à mieux comprendre les interactions entre ces concepts et leur influence sur l’organisation des chaînes d’approvisionnement.

Cette approche pourrait inspirer de futures recherches pour affiner l’évaluation des conséquences du Brexit.

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Recherche académique limitée

Malgré l’importance économique et politique du Brexit, la recherche académique sur ses conséquences reste encore limitée.

Une revue de la littérature a identifié 122 articles en utilisant des mots-clés liés au Brexit et aux chaînes d’approvisionnement, mais seulement 17 contributions étaient directement pertinentes.

Parmi celles-ci, seules huit études analysaient clairement les stratégies mises en place par les entreprises pour faire face au Brexit.

Cette rareté des travaux souligne le besoin de poursuivre les recherches pour mieux comprendre les impacts à long terme.

Les études existantes se distinguent par leur approche temporelle (avant ou après le Brexit) ou méthodologique (études de cas, enquêtes, modélisations, etc.).

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