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Climat : la Banque mondiale fait marche arrière sur ses objectifs de financement les plus ambitieux

Presse-Citron · mis à jour 30 juin

Quand le premier actionnaire d'une institution censée financer l'avenir de la planète préfère sacrifier ses engagements environnementaux sous la menace de l'administration Trump, on comprend que la gouvernance climatique mondiale reste l'otage d'un seul pays..

Recul climatique de la BM

En 2023, la Banque mondiale (BM) avait pris un engagement historique en consacrant 45 % de ses prêts annuels à des projets climatiques à bénéfices multiples, un objectif plus ambitieux que le précédent de 35 %. Cependant, le 29 juin 2026, l’institution a annoncé qu’elle abandonnait cet objectif pour s’aligner sur la politique économique américaine America First, promue par l’administration de Donald Trump. Cette décision marque un revirement significatif, car la BM renonce ainsi à ses priorités environnementales au profit d’une approche plus favorable aux industries fossiles, notamment américaines. Parallèlement, elle a prolongé son Climate Change Action Plan (CCAP), un plan d’action climatique, mais sans lui allouer les ressources financières nécessaires pour agir concrètement.

Influence américaine décisive

Ce changement de cap s’explique en grande partie par la pression exercée par Scott Bessent, secrétaire au Trésor américain sous l’administration Trump. Ancien financier de Wall Street, Bessent a critiqué la BM et le Fonds monétaire international (FMI) pour s’être trop éloignés de leur mission traditionnelle de développement économique, jugée trop idéologique. Dès 2025, il avait exigé que ces institutions reviennent à des priorités plus classiques, comme la croissance économique pure. En avril 2026, il a qualifié les objectifs climatiques de la BM de myopes, une accusation paradoxale pour un homme dont la carrière a été marquée par des paris financiers à court terme. Malgré ces critiques, la BM a cédé à ces pressions, illustrant l’influence dominante des États-Unis, premier actionnaire de l’institution.

Doctrine du développement intelligent

Ajay Banga, président de la Banque mondiale depuis 2023, a été initialement nommé pour renforcer les financements climatiques de l’institution. Cependant, il a progressivement adopté une approche plus conciliante avec les attentes américaines, en promouvant la doctrine du smart development (développement intelligent). Selon cette nouvelle ligne, les projets de développement (infrastructures, éducation, énergie) doivent intégrer une dimension écologique minimale, mais sans que cela n’impacte significativement les budgets alloués. En pratique, cette stratégie permet à la BM de donner l’illusion d’une action climatique tout en limitant les dépenses réelles, répondant ainsi aux exigences de Washington sans pour autant renoncer formellement à ses engagements environnementaux.

Ce que ça pourrait changer

La décision de la Banque mondiale a provoqué une division parmi ses pays membres, notamment sur la question du financement climatique. En octobre 2025, la France et dix-huit autres pays ont signé une lettre commune pour défendre le maintien des engagements climatiques de la BM pris en 2023. Les États-Unis, premier contributeur financier de l’institution, ont refusé de signer ce texte, suivis par la Russie, le Koweït et l’Arabie saoudite. L’Inde et le Japon se sont abstenus. Cette opposition a affaibli la position des défenseurs du climat au sein de la BM, montrant que les priorités américaines l’emportent sur les ambitions environnementales globales. La BM, sous pression, a ainsi dû ajuster sa stratégie pour éviter un conflit ouvert avec Washington.

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