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Géopolitique

Vivre à l’étranger peut-il peser sur le moral ?

Courrier International · mis à jour il y a 2 h

Malgré l’image de privilégiés qui colle aux expatriés, l’éloignement, la crise identitaire et les difficultés du retour au pays sont des épreuves réelles. Mais il existe des ressources pour ne pas rester seul face à ces difficultés..

Expatriation : un choix privilégié

L’expatriation désigne le fait de vivre dans un pays étranger pour des raisons professionnelles, personnelles ou familiales, par opposition à l’exil qui implique une contrainte. Contrairement à l’exil, l’expatriation est un choix volontaire, souvent associé à des opportunités de carrière ou à une ouverture au monde. Les profils des expatriés sont très variés : retraités s’installant au Portugal, jeunes actifs en Asie du Sud-Est, ou encore enfants de la troisième culture (enfants ayant grandi dans plusieurs pays différents). Bien que perçus comme des privilégiés, les expatriés font face à des défis psychologiques importants, notamment liés à l’éloignement de leur pays d’origine. L’article souligne que ces défis sont souvent sous-estimés, car l’expatriation est généralement présentée de manière positive dans les discours publics.

Le blues de l’expat : une crise identitaire

Le blues de l’expat (ou blues de l’expatriation) désigne un sentiment de mal-être psychologique lié à l’éloignement géographique et culturel. Ce phénomène ne se limite pas au simple manque de sa famille ou de ses amis, mais s’étend souvent à une crise identitaire. Les expatriés peuvent avoir l’impression de vivre dans deux univers parallèles : une partie d’eux-mêmes reste attachée à leur pays d’origine, tandis que l’autre s’adapte au pays d’accueil. Cette dualité peut être épuisante, comme l’explique James Niiler, un journaliste américain vivant au Danemark, qui décrit cette expérience comme une identité multifacette nécessaire à la survie. La chercheuse nigériane Abisola Olawale, spécialiste de l’intégration des migrants, renchérit en soulignant que la migration implique de vivre deux vies simultanément. Ce déchirement est particulièrement marqué chez les enfants de la troisième culture, qui peinent à définir leur origine.

L’impact de l’âge sur l’adaptation

L’âge joue un rôle clé dans la façon dont les expatriés vivent leur expérience à l’étranger. Les enfants de la troisième culture, par exemple, oscillent constamment entre adaptation et déracinement. Comme le rapporte le Khaleej Times depuis Charjah, ces enfants ne savent parfois même pas comment répondre à la question « D’où viens-tu ? », car leur identité est fragmentée entre leur passeport et les lieux où ils ont grandi. Les parents de ces enfants accordent une grande importance à leur intégration dans le nouveau pays, notamment via l’école et les cours de langue, tout en maintenant un lien avec leur culture d’origine grâce à la langue maternelle et aux technologies. Cependant, les difficultés ne concernent pas uniquement les jeunes : les retraités expatriés peuvent aussi souffrir du mal du pays, comme en témoignent des lecteurs du Telegraph britannique. Leur adaptation est souvent plus complexe en raison des changements sociaux et familiaux survenus dans leur pays d’origine pendant leur absence.

Le retour au pays : un défi sous-estimé

Si le départ à l’étranger est généralement bien préparé, le retour est souvent négligé, comme s’il allait de soi. Pourtant, il peut être source de profondes remises en question. Hannah Ho, revenue au Royaume-Uni en 2023 après sept ans à Hong Kong, a partagé son expérience dans Business Insider : elle a découvert que ses parents avaient vieilli, ses amis s’étaient installés ailleurs, et elle-même n’était plus la même. L’un de ses principaux obstacles a été l’absence de réseau professionnel. Un Allemand, cité par le magazine allemand Focus, a vécu une expérience similaire après son retour de Chine et du Japon : il comparait constamment son pays d’origine à ses pays d’expatriation, ce qui générait un malaise persistant. Le retour implique des ajustements sociaux, familiaux, professionnels et un travail émotionnel sur la rupture avec la vie à l’étranger, souvent plus difficile que prévu.

Ce que ça pourrait changer

Pour s’expatrier, il faut généralement beaucoup d’énergie, d’optimisme et d’autonomie. Gabriela Akpaça, une Américaine installée à Istanbul, constatait en 2020 dans *Daily Sabah* que ces qualités poussent souvent les expatriés à minimiser leurs symptômes de dépression ou d’anxiété. Pourtant, le *blues de l’expat* peut parfois cacher un problème de santé mentale plus grave, nécessitant une prise en charge. Des solutions existent : les ambassades proposent souvent des listes de psychiatres et psychologues locaux parlant la langue des expatriés. Depuis une dizaine d’années, entreprises et universités intègrent de plus en plus la santé mentale dans leurs dispositifs d’accompagnement. Des coachs spécialisés et des groupes d’entraide entre expatriés permettent également de lutter contre l’isolement. L’article insiste sur une règle fondamentale : ne pas ignorer le problème, car une aide adaptée peut faire la différence.

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