Que vaut la survie de l'humanité ?
Il est difficile de penser au bien-être des générations qui viendront après nous, et pourtant nous avons à leur égard une responsabilité morale – d'autant plus grande que désormais, leur existence est menacée.
Résumé
Pourquoi s'inquiéter de l'avenir
Le philosophe Samuel Scheffler, professeur à l'Université de New York (NYU), se demande pourquoi nous devrions nous soucier de la survie de l'humanité et du bien-être des générations futures.
Bien que cette question paraisse évidente, les philosophes ont montré que nos intuitions morales à ce sujet sont complexes.
Depuis l'invention de la bombe atomique, l'humanité a acquis la capacité technique d'entraîner sa propre extinction, ce qui rend cette question encore plus urgente.
Scheffler choisit d'aborder ce problème principalement à travers le prisme du changement climatique, soulignant que les raisons de réduire les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas seulement morales, mais aussi égoïstes.
Il critique notre tendance à nous préoccuper davantage du présent que du futur, un phénomène appelé localisme temporel ou court-termisme, qui explique en partie l'inaction climatique.
Critique des approches utilitaristes
Scheffler rejette les approches utilitaristes, qui visent à maximiser le bien-être global, car elles ne tiennent pas compte de la faible sympathie que nous ressentons envers les personnes futures éloignées dans le temps.
Il critique aussi l'universalisme des droits humains, estimant que ces cadres éthiques ne suffisent pas à expliquer notre attachement à la survie de l'humanité.
Pour lui, différentes valeurs, pas seulement des obligations morales, doivent être prises en compte.
Il propose une réflexion élargie sur les raisons de protéger les générations futures, en s'éloignant des approches traditionnelles comme l'utilitarisme ou l'éthique environnementale classique.
Quatre raisons de préserver l'humanité
Scheffler identifie quatre types de raisons pour lesquelles nous devrions vouloir la survie de l'humanité.
Les raisons d'intérêt sont centrales : nos activités actuelles (sport, art, langue) perdraient une grande partie de leur sens si nous pensions que l'humanité allait s'éteindre.
Par exemple, un match de football ou une œuvre d'art n'aurait plus la même valeur si personne ne pouvait en profiter après nous.
Les raisons d'amour reposent sur notre attachement aux générations futures, comme celui que nous portons à nos enfants ou petits-enfants.
Les raisons de valuation soulignent que la valeur même des choses dépend de l'existence d'êtres humains pour les apprécier.
Enfin, les raisons de réciprocité suggèrent que nous dépendons des générations futures pour leur jugement sur notre héritage.
Limites des motivations personnelles
Scheffler admet que ses arguments pourraient être critiqués pour leur manque de clarté sur la distinction entre motifs d'agir et justifications morales.
Par exemple, nos actions en faveur des générations futures pourraient être motivées par l'intérêt personnel ou l'amour, sans pour autant être moralement justifiées.
De plus, certains styles de vie, comme ceux centrés sur des plaisirs simples ou la contemplation, ne semblent pas liés à un intérêt pour la survie de l'humanité, sans que cela soit moralement condamnable.
L'auteur reconnaît aussi que son approche apocalyptique, centrée sur l'extinction de l'espèce, minimise les enjeux de justice climatique, comme les inégalités entre ceux qui subissent les effets du changement climatique et ceux qui en sont responsables.
Apport et critiques de l'ouvrage
L'ouvrage de Scheffler, Pourquoi se soucier des générations futures?, publié en français en 2026, propose une réflexion originale sur notre responsabilité envers l'avenir.
Il met en lumière des motivations insoupçonnées pour agir en faveur des générations futures, comme l'intérêt personnel ou l'attachement affectif.
Cependant, certains critiques soulignent que l'auteur ne distingue pas clairement les motifs d'action des justifications morales.
D'autres regrettent que l'approche apocalyptique, centrée sur la survie de l'humanité, occulte les questions de justice climatique.
Malgré ces limites, l'ouvrage invite à repenser notre rapport au futur et à nos obligations envers ceux qui nous suivront.
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