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Tour Perret de Grenoble : "un chantier qui va faire date dans l'histoire de la restauration du béton armé"

France Culture - Savoirs· 10 juillet 2026
Tour Perret de Grenoble : "un chantier qui va faire date dans l'histoire de la restauration du béton armé"

Après plus de 60 ans de fermeture, la première tour en béton construite au monde rouvre ses portes au public, à l'issue d'un vaste chantier pilote inédit de restauration. En en faisant un "chantier de laboratoire", selon l'architecte et membre du comité scientifique du projet, Cédric Avenier.

Résumé

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Tour Perret, pionnière

La tour Perret de Grenoble, construite en 1925 par Auguste Perret, est la première tour en béton armé au monde.

Auguste Perret, architecte français, a développé un système constructif innovant appelé l'ossaturisme, combinant des poteaux et poutres en béton armé avec des éléments préfabriqués.

Contrairement aux gratte-ciels américains de l'époque, construits en acier, Perret a choisi le béton armé pour sa résistance au feu et son coût réduit.

La tour, haute de 80 mètres, a été conçue pour l'Exposition internationale de la houille blanche et du tourisme, attirant 1,2 million de visiteurs en 1925.

Elle sert de repère dans la ville et offre une vue panoramique sur les montagnes environnantes.

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Rénovation après 60 ans

Fermée au public depuis 1960, la tour Perret a rouvert ses portes le 11 juillet 2026 après deux ans et demi de restauration, pour un coût total de 15,5 millions d'euros.

Le chantier, financé par la ville de Grenoble, le département de l'Isère, l'État et une campagne de mécénat, a nécessité une approche inédite.

La tour penchait de 40 centimètres depuis les années 1960-1980, et ses fondations ont été renforcées par un système de jet grouting sur 72 pieux de 11 mètres de profondeur.

Les huit piliers principaux, altérés par la corrosion des armatures en acier et l'altération du béton, ont également été restaurés.

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Méthodes innovantes

Le chantier a introduit quatre techniques inédites pour la restauration des bétons armés.

Les armatures en acier ont été repoussées de 2 centimètres vers l'intérieur pour atteindre un enrobage minimal de 4 centimètres, contre 0 à 2 centimètres à l'origine.

Un béton projeté, formulé avec des granulats et sables locaux ainsi qu'un ciment résistant aux sulfates (Vicat Extremat, produit à proximité de Grenoble), a été utilisé pour remplacer le béton coulé en place, jugé inefficace.

Pour conserver l'apparence originale du béton brut de décoffrage, les surfaces ont été ratissées puis estampées avec un coffrage en bois identique à celui de 1925.

4

Défis techniques majeurs

La restauration a posé des défis structurels et techniques majeurs.

Le béton armé est un matériau composite où le béton protège les armatures en acier de la corrosion.

Cependant, avec le temps, le béton carbonate, devient plus acide et favorise l'oxydation des armatures, provoquant des fissures et des éclatements du béton.

Ce phénomène, appelé corrosion des armatures, est structurellement lourd et a nécessité une intervention globale plutôt qu'élément par élément.

Les normes de construction imposent de démolir suffisamment de béton pour restaurer les armatures, mais la Charte de Venise, guide éthique pour la restauration du patrimoine, recommande de conserver un maximum de matière originale, ce qui peut perpétuer les pathologies.

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Arbitrages et durabilité

Les restaurateurs ont dû concilier conservation et durabilité.

Une partie de la marquise du rez-de-chaussée et la moitié de l'escalier sommital, particulièrement altérés, ont été démontés et reconstruits.

L'escalier sommital, situé entre 70 et 80 mètres de haut, a représenté une prouesse technique pour sa déconstruction et reconstruction en béton armé et éléments préfabriqués.

L'objectif était de rendre l'intervention irréversible tout en documentant les travaux avec les archives de Perret pour garantir une pérennité maximale.

Les matériaux utilisés, sobres et locaux, visent à assurer une durabilité accrue de l'édifice.

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Impact et héritage

Ce chantier de restauration est considéré comme un chantier pilote pour la restauration des bétons armés, avec des découvertes utiles pour d'autres projets similaires.

La quasi-totalité des villes (80 à 90 %) sont construites en béton armé, ce qui rend les enseignements tirés de ce projet particulièrement pertinents.

Les techniques développées, comme le béton projeté ou l'estampage des surfaces, pourraient être reproduites ailleurs.

La tour Perret, classée monument historique depuis 1998, incarne désormais un exemple de conservation innovante, reliant l'histoire du XXe siècle à celle du XXIe siècle.

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