Sri Lanka : l’ONU réclame justice, vingt ans après le massacre de Muttur
Vingt ans après le massacre de 17 travailleurs humanitaires de l'organisation Action contre la Faim (ACF) à Muttur, au Sri Lanka, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, et des experts* ont appelé mardi les autorités sri-lankaises à mettre fin à l’impunité en ouvrant, sans plus attendre, une enquête indépendante et efficace..
Le 4 août 2006, dans la ville de Muttur, située dans le district de Trincomalee à l’est du Sri Lanka, 17 travailleurs humanitaires de l’organisation Action contre la Faim (ACF) ont été assassinés. Ces victimes étaient des employés locaux de l’ONG, qui fournissaient une aide vitale aux civils pris dans la guerre civile opposant l’armée sri-lankaise et les Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE), un mouvement séparatiste armé. La plupart des corps ont été retrouvés avec une balle dans la tête, indiquant des exécutions sommaires. ACF était alors la seule organisation internationale encore active à Muttur, offrant de l’eau potable, des services d’assainissement et une aide alimentaire à plus de 325 000 personnes déplacées. Ce massacre s’inscrit dans un contexte de violence extrême pendant le conflit, qui a duré jusqu’en 2009.
Vingt ans après les faits, aucun responsable n’a été arrêté, jugé ou condamné pour le massacre de Muttur. Une enquête internationale menée en 2015 par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) a conclu qu’il existait des preuves sérieuses impliquant des membres des forces de sécurité sri-lankaises dans ces exécutions extrajudiciaires. Cependant, les enquêtes nationales ont été entravées par des lacunes dans la collecte des preuves, une protection insuffisante des témoins et des interférences politiques. En 2008, le Groupe international indépendant de personnalités éminentes (IIGEP), chargé de superviser les investigations, s’est retiré en dénonçant un « manque de volonté politique » de faire éclater la vérité. Cette impunité prolongée continue de nourrir la souffrance des familles des victimes et affaiblit la confiance dans l’État de droit au Sri Lanka.
L’assassinat des travailleurs humanitaires a eu des répercussions majeures sur la population civile. L’interruption des activités d’ACF a privé plus de 325 000 personnes déplacées d’accès à l’eau potable, à des services d’assainissement et à une aide alimentaire. La suspension des programmes de réhabilitation des puits, du traitement de l’eau et de la distribution de nourriture a aggravé les risques de malnutrition, de maladies hydriques et de pénuries d’eau. Par ailleurs, plus de 2 000 travailleurs humanitaires ont quitté les provinces du nord et de l’est dans les mois qui ont suivi, réduisant considérablement l’espace humanitaire. En 2025, l’impunité dans des affaires comme celle de Muttur a été pointée du doigt, alors que cette année-là a été la plus meurtrière jamais enregistrée pour les travailleurs humanitaires, avec plus de 1 000 morts entre 2023 et 2025.
À l’occasion du 20ᵉ anniversaire du massacre, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, et plusieurs experts indépendants mandatés par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU ont réclamé une enquête « rapide, indépendante, impartiale et efficace » pour faire toute la lumière sur ces crimes. Ils ont également exigé que des réparations complètes soient accordées aux familles des victimes et que la sécurité des personnes souhaitant commémorer cet anniversaire soit garantie. Volker Türk a souligné que « la vérité, la justice, l’obligation de rendre des comptes et les réparations sont essentielles pour bâtir un avenir fondé sur la guérison, la réconciliation et une paix durable ». Les experts rappellent que l’impunité dans ce dossier envoie un signal dangereux, alors que la guerre civile sri-lankaise s’est terminée en 2009.
Plusieurs acteurs clés sont mentionnés dans ce dossier. *Action contre la Faim* (ACF) est une organisation non gouvernementale internationale spécialisée dans l’aide humanitaire. Les *Tigres de libération de l’Eelam tamoul* (LTTE) étaient un mouvement séparatiste armé luttant pour l’indépendance de la région tamoule au Sri Lanka. Le *Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme* (HCDH) est une institution de l’ONU chargée de promouvoir et protéger les droits humains. Les experts cités, comme Morris Tidball-Binz ou Margaret Satterthwaite, sont des rapporteurs spéciaux mandatés par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU pour enquêter sur des violations spécifiques. Enfin, le *Groupe international indépendant de personnalités éminentes* (IIGEP) était un comité chargé de superviser les enquêtes nationales au Sri Lanka.

