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Misogynie et botanique : comment le patriarcat s'est infiltré dans nos jardins

David Richard, Marie Astier· 5 juillet 2026

Des savoirs effacés et des noms de plantes sexistes : une balade organisée par l'association Les Mutines indigènes, dans le Gard, a permis de mesurer les biais qui parcourent encore le monde de la botanique. Rousson (Gard), reportage Sac sur le dos, chaussures aux pieds, et loupe botanique pendue a…

Résumé

1

Botanique et pouvoir

L’article explore le lien historique entre la botanique et les structures de pouvoir patriarcales.

Il souligne que la classification des plantes, développée principalement par des hommes scientifiques entre le XVIIe et le XIXe siècle, reflète des biais de genre.

Par exemple, le système de nomenclature binomiale de Carl von Linné (1707-1778), qui classe les espèces végétales en genres et espèces, a souvent attribué des caractéristiques « féminines » ou « masculines » aux plantes.

Ainsi, des fleurs comme la rose ou la pivoine étaient décrites comme « délicates » ou « fragiles », tandis que des plantes comme le chêne ou le pin étaient associées à des traits « forts » ou « résistants ».

Ces stéréotypes naturalisés ont contribué à légitimer des rôles sociaux genrés, où la femme était perçue comme passive et l’homme comme actif.

L’article cite également des travaux de la botaniste Valérie Chansigaud, qui montre comment ces représentations ont influencé la perception des plantes, mais aussi des femmes dans la société.

2

Noms de plantes genrés

L’article met en lumière la persistance de termes botaniques genrés dans le langage courant.

Par exemple, le terme « hermaphrodite » pour désigner une fleur possédant à la fois des organes mâles et femelles est critiqué, car il renvoie à une conception binaire et problématique du genre.

De même, des noms de plantes comme « la belle-de-nuit » (Mirabilis jalapa) ou « la dame-d’onze-heures » (Ornithogalum umbellatum) associent systématiquement la beauté ou la fragilité à des espèces végétales, renforçant des stéréotypes de genre.

L’autrice de l’article, Émilie Massemin, souligne que ces choix linguistiques ne sont pas anodins : ils perpétuent une vision où la nature est décrite à travers un prisme masculin.

Ces exemples illustrent comment le langage botanique, souvent perçu comme neutre, véhicule en réalité des normes sociales et culturelles.

3

Exclusion des femmes en science

L’article aborde l’exclusion systémique des femmes de la botanique et des sciences naturelles jusqu’au XXe siècle.

Jusqu’au XIXe siècle, les femmes étaient rarement autorisées à étudier les sciences ou à publier des travaux botaniques.

Par exemple, Maria Sibylla Merian (1647-1717), pionnière de l’entomologie et de la botanique, a dû contourner les interdits de son époque pour mener ses recherches.

Son travail sur les métamorphoses des insectes et leur relation avec les plantes a pourtant été révolutionnaire.

Plus tard, au XIXe siècle, des institutions comme l’Académie des sciences en France ou la Royal Society en Angleterre refusaient encore l’adhésion aux femmes.

Ces barrières ont limité la contribution des femmes à la botanique, réduisant leur visibilité dans l’histoire des sciences et renforçant l’idée que la botanique était un domaine masculin.

4

Botanique et colonialisme

L’article examine comment la botanique a été utilisée comme outil de domination coloniale, souvent en lien avec des logiques patriarcales.

Au XIXe siècle, les puissances européennes ont systématiquement collecté et étudié des plantes dans leurs colonies, notamment en Afrique et en Asie, pour des raisons économiques ou scientifiques.

Ces expéditions étaient majoritairement menées par des hommes, et les savoirs locaux des femmes, souvent détentrices de connaissances botaniques traditionnelles, ont été ignorés ou dévalorisés.

Par exemple, en Inde, les femmes des communautés rurales possédaient des savoirs ancestraux sur les plantes médicinales, mais ces connaissances ont été systématiquement exclues des publications scientifiques européennes.

L’article cite l’historienne Londa Schiebinger, qui montre comment cette appropriation a servi à légitimer la supériorité des savoirs « scientifiques » occidentaux, tout en marginalisant les contributions des femmes et des populations colonisées.

5

Réappropriation féministe

Face à ces héritages, l’article présente des initiatives contemporaines qui remettent en question les biais genrés en botanique.

Par exemple, des collectifs comme Les Jardins du Matrimoine en France ou Women in Botany au Royaume-Uni militent pour une réécriture de l’histoire botanique, en mettant en avant les contributions des femmes scientifiques oubliées.

Ces mouvements soulignent aussi l’importance de repenser la façon dont les plantes sont nommées et décrites, en évitant les stéréotypes de genre.

Une autre approche consiste à réhabiliter les savoirs botaniques des femmes, notamment dans les sociétés traditionnelles.

L’article mentionne des projets comme Women’s Earth Alliance, qui forment des femmes à la gestion durable des plantes, en s’appuyant sur leurs connaissances ancestrales.

Ces initiatives montrent que la botanique peut être un levier pour repenser les rapports de genre dans la société.

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