Au Liban, six ans après l’explosion au port de Beyrouth
Les Libanais commémorent dans la douleur l’explosion gigantesque ayant fait, le 4 août 2020, plus de 200 morts et décimé des pans entiers de leur capitale. Mais contrairement aux précédentes commémorations, celle-ci se distingue par l’espoir d’un aboutissement de l’enquête, entravée pendant de longues années..
Le 4 août 2020, une explosion massive a ravagé le port de Beyrouth, au Liban, causant la mort de plus de 200 personnes et blessant 6 000 autres. L'accident a également détruit des quartiers entiers de la capitale, aggravant une crise économique déjà grave. Cette catastrophe est considérée comme l'une des plus graves de l'histoire du Liban selon la Banque mondiale. Les causes de l'explosion sont liées à l'accumulation de 2 750 tonnes de nitrate d'ammonium, un produit chimique hautement explosif, stocké sans précautions dans un hangar du port pendant six ans.
L'enquête sur les responsabilités de l'explosion a été entravée pendant plusieurs années par des obstacles politiques et juridiques. Le juge Tarek Bitar, chargé du dossier depuis 2021, a fait face à des recours et des pressions de la part de responsables politiques et de partis impliqués, notamment le Hezbollah, un parti politique et militaire libanais. En janvier 2023, l'ancien chef du parquet avait même interdit à la police judiciaire de coopérer avec le magistrat et engagé des poursuites contre lui pour usurpation de pouvoir. Ces blocages ont empêché l'avancée de l'enquête pendant des années.
La situation a commencé à évoluer en 2024 et 2025 avec plusieurs événements clés. D'abord, la guerre menée par Israël contre le Hezbollah en 2024, suivie de l'assassinat de son chef, Hassan Nasrallah, a affaibli le parti. Ensuite, l'élection de Joseph Aoun à la présidence du Liban en janvier 2025 et la formation d'un nouveau gouvernement ont créé un contexte politique plus favorable à l'avancement de l'enquête. Ces changements ont permis de débloquer le processus judiciaire, marquant une nouvelle dynamique selon le ministre libanais de la Justice.
Le 30 mars 2026, le juge Tarek Bitar a clôturé son enquête et transmis le dossier au parquet de cassation, une étape clé avant le prononcé de l'acte d'accusation. Selon le ministre libanais de la Justice, cette phase devrait prendre entre trois et six mois. L'enquête est désormais considérée comme étant dans sa phase finale, offrant un espoir de justice pour les victimes et leurs familles. Cette avancée intervient six ans après la tragédie, lors de la commémoration annuelle de l'explosion.
Le Hezbollah est au cœur des controverses liées à l'explosion. Ce parti, soupçonné d'avoir exercé un contrôle sur le port de Beyrouth, est accusé d'avoir facilité le stockage des 2 750 tonnes de nitrate d'ammonium sans mesures de sécurité. Ses détracteurs l'accusent également d'utiliser ce produit pour des activités terroristes, bien que ces allégations ne soient pas confirmées dans l'article. Le Hezbollah a menacé à plusieurs reprises le juge Tarek Bitar, mais son affaiblissement récent a réduit son influence sur le processus judiciaire.
L'explosion du port de Beyrouth a eu des conséquences dévastatrices pour le Liban, déjà en proie à une crise économique aiguë. Le drame a provoqué l'émigration de dizaines de milliers de Libanais et plongé le pays dans une paralysie totale. Six ans plus tard, l'espoir d'une issue judiciaire à l'enquête représente un soulagement pour la population, mais aussi un défi pour un pays en quête de stabilité et de justice. La commémoration de 2026 se distingue par cet optimisme inédit, malgré la douleur persistante des familles des victimes.

