Primaire démocrate au Michigan : lutte entre l’aile progressiste et l’establishment
D'un côté, Abdul El-Sayed, issu de l'aile progressiste, et de l'autre Haley Stevens, qui est une élue..
Les électeurs démocrates du Michigan doivent choisir leur candidat pour les élections américaines de mi-mandat de novembre 2026. Cette primaire est particulièrement importante car elle concerne un siège au Sénat, un poste clé pour le contrôle de cette chambre du Congrès américain. Le Michigan, un État de plus de 10 millions d'habitants, est traditionnellement disputé entre démocrates et républicains. En 2024, il a été remporté par Donald Trump, ce qui rend cette élection encore plus cruciale pour les démocrates qui espèrent reprendre la majorité au Sénat. Le siège en jeu est actuellement occupé par le démocrate Gary Peters, qui ne se représente pas. Le vainqueur de cette primaire affrontera en novembre le républicain Mike Rogers.
Deux candidats s'affrontent pour représenter le Parti démocrate dans cette primaire. D'un côté, Abdul El-Sayed, un médecin de 41 ans issu de l'aile progressiste du parti, soutenu par des figures comme Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez. De l'autre, Haley Stevens, élue à la Chambre des représentants depuis 2019 et soutenue par l'establishment du parti, dont des personnalités comme Chuck Schumer et la gouverneure du Michigan Gretchen Whitmer. El-Sayed se présente comme un défenseur des classes populaires et critique envers les grands patrons et les responsables du parti, tandis que Stevens met en avant sa capacité à rassembler et sa connaissance des enjeux économiques locaux, notamment la réindustrialisation.
Cette primaire illustre les divisions actuelles au sein du Parti démocrate entre son aile progressiste et son establishment. Une victoire d'El-Sayed, favori des sondages, serait perçue comme un succès pour le mouvement progressiste, qui a déjà remporté plusieurs primaires récentes dans d'autres États comme New York et le Colorado. À l'inverse, une victoire de Stevens, candidate soutenue par les figures traditionnelles du parti, montrerait la persistance de l'influence de l'establishment. Les deux candidats ont des visions très différentes sur des sujets comme le soutien à Israël, où El-Sayed appelle à la fin de l'aide américaine et remet en cause l'existence d'Israël comme État juif, tandis que Stevens défend un soutien continu à cet allié des États-Unis.
Abdul El-Sayed mise sur la mobilisation de la base progressiste, avec le soutien de l'organisation Our Revolution qui affirme avoir contacté 300 000 électeurs au Michigan pour le soutenir. Il compte sur l'enthousiasme des jeunes et des classes populaires pour l'emporter, malgré le manque de soutien des grands donateurs traditionnels du parti. Haley Stevens, quant à elle, mise sur son expérience et son ancrage local, en mettant en avant sa capacité à rassembler divers électorats, notamment les Afro-Américains, les aînés et les électeurs sans diplôme supérieur. Elle est également soutenue par des chefs démocrates influents et des donateurs traditionnels. Les deux candidats s'accusent mutuellement de bassesses, ce qui pourrait compliquer leur rassemblement après la primaire.
La question du soutien à Israël divise profondément les deux candidats et pourrait être décisive dans cette primaire. Le Michigan compte une large communauté arabe, et l'organisation AIPAC (American Israel Public Affairs Committee), qui finance des candidats pro-Israël, a déjà dépensé des millions dans des campagnes locales. El-Sayed a appelé à la fin de l'aide américaine à Israël et critiqué l'influence de l'AIPAC, tandis que Stevens rejette les accusations de génocide à Gaza et défend un soutien inconditionnel à Israël. Ces tensions ont déjà conduit à des attaques personnelles entre les candidats, comme lorsque El-Sayed a qualifié Stevens de candidate la moins compétente des États-Unis, ou lorsque Stevens l'a accusé d'utiliser les Juifs américains comme boucs émissaires.
Quel que soit le vainqueur de la primaire, les deux candidats affirment être les mieux placés pour battre le républicain Mike Rogers en novembre. Haley Stevens souligne que le Michigan a l'habitude d'élire des candidats démocrates pragmatiques, tandis qu'Abdul El-Sayed estime qu'un candidat bénéficiant de l'enthousiasme de la base aura plus de chances de mobiliser les jeunes et les classes populaires. Cependant, la brutalité de la campagne pourrait rendre difficile le rassemblement des partisans démocrates pour l'élection générale. Le résultat de cette primaire pourrait donc avoir des répercussions bien au-delà du Michigan, en envoyant un signal fort sur l'équilibre des forces au sein du Parti démocrate.

