Ce secret caché dans les coquillages marins révèle comment la Terre stabilise son climat depuis des millions d'années.
Depuis 60 millions d'années, un mécanisme discret sert de thermostat à la Terre entière, sans que personne sache vraiment comment. Des chercheurs viennent d'en trouver la clé au fond des océans.
Les coquillages marins, comme les foraminifères (micro-organismes marins à coquille calcaire) ou les mollusques bivalves (comme les palourdes ou les coquilles Saint-Jacques), agissent comme de véritables archives naturelles du climat terrestre. Leur coquille enregistre, au fil des années, des informations sur la température des océans, l’acidité de l’eau et la concentration en gaz à effet de serre de l’atmosphère. Ces données, préservées pendant des millions d’années, permettent aux scientifiques de reconstituer les conditions climatiques passées avec une précision remarquable. Par exemple, en analysant la composition chimique des coquilles, les chercheurs peuvent déterminer si le climat était chaud ou froid à une époque donnée, ou encore si les océans étaient plus ou moins acides qu’aujourd’hui.
L’article révèle que les océans, et plus précisément les coquillages, jouent un rôle clé dans la stabilisation du climat terrestre depuis des millions d’années. Ce mécanisme repose sur un processus géochimique appelé pompe à carbone océanique. Lorsque le CO₂ (dioxyde de carbone) atmosphérique se dissout dans l’eau de mer, il réagit avec les minéraux présents dans les coquilles des organismes marins, comme le calcium, pour former des carbonates. Ces carbonates, en se déposant au fond des océans, piègent le carbone pendant des millénaires, limitant ainsi son accumulation dans l’atmosphère. Ce phénomène contribue à réguler naturellement l’effet de serre et à maintenir des températures clémentes sur Terre.
Les preuves de ce mécanisme proviennent d’études récentes menées sur des coquillages fossiles datant de plusieurs millions d’années. Les scientifiques ont notamment analysé des échantillons de coquilles de foraminifères prélevés dans des sédiments marins profonds. Leurs résultats montrent que, lorsque la concentration de CO₂ dans l’atmosphère augmentait (par exemple lors de périodes de réchauffement climatique naturel), les océans absorbaient davantage de ce gaz, limitant ainsi son impact sur le climat. À l’inverse, en période de refroidissement, la dissolution du CO₂ dans l’eau diminuait, mais les coquillages continuaient à jouer un rôle dans la régulation du climat en libérant lentement le carbone piégé dans leurs coquilles.
Cette découverte a des implications majeures pour comprendre le réchauffement climatique actuel, principalement causé par les activités humaines. Les océans absorbent aujourd’hui environ 30 % du CO₂ émis par les activités industrielles et les transports, limitant ainsi l’augmentation de l’effet de serre. Cependant, cette capacité d’absorption a des limites : l’acidification des océans (due à la dissolution du CO₂) menace la survie des organismes à coquille calcaire, comme les coraux ou les mollusques, qui pourraient voir leur capacité à réguler le climat réduite. Les scientifiques soulignent donc l’urgence de réduire les émissions de CO₂ pour préserver ce mécanisme naturel de régulation.
Les chercheurs ont comparé les données actuelles avec celles des périodes géologiques passées, comme le *Paléocène-Éocène* (il y a environ 56 millions d’années), une époque marquée par un réchauffement climatique intense. À cette période, la concentration de CO₂ dans l’atmosphère avait atteint des niveaux comparables à ceux prévus pour la fin du XXIe siècle si les émissions humaines ne sont pas réduites. Les coquillages et les océans avaient alors joué un rôle crucial pour absorber une partie de ce CO₂, atténuant ainsi l’ampleur du réchauffement. Cette comparaison montre que les mécanismes naturels de régulation climatique, bien que puissants, pourraient être dépassés par l’ampleur des émissions actuelles.

