Canicule : pourquoi le vrai coût des coupures d’électricité n’apparaît dans aucun chiffre officiel
Au cours de la canicule de juin 2026, au total 335 000 foyers ont été privés d’électricité au fil des incidents, en France. Anne Nygard/Unsplash , Fourni par l'auteur Combien coûtent les coupures d’électricité provoquées par les canicules ? Si ce chiffre reste absent des données officielles, le chercheur en économie de l’énergie Jean-Baptiste Vaujour s’est néanmoins attelé à une estimation de ce coût pour la dernière vague de chaleur extrême, en agrégeant les différents chiffres disponibles.
Les canicules en France entraînent des coupures d'électricité, comme celle du 23 juin 2026 en Bretagne, où une explosion dans un poste électrique a privé 120 000 foyers de courant. Ces incidents sont attribués aux fortes chaleurs, qui fragilisent le réseau électrique. Les coupures ont des conséquences directes sur la santé publique, notamment en stoppant les climatiseurs, ventilateurs et appareils médicaux à domicile, aggravant les risques liés aux vagues de chaleur. Ces épisodes soulèvent une question essentielle : quel est leur coût réel pour la société et est-il justifié d'investir pour les éviter ?
Le chercheur Jean-Baptiste Vaujour a estimé le coût des coupures lors de la canicule de juin 2026 en agrégeant les données disponibles. Pour cette période, environ 335 000 foyers ont été privés d'électricité, avec un pic de 50 000 foyers simultanément le 25 juin. Le coût de l'énergie non distribuée est estimé entre 40 et 66 millions d'euros, selon les hypothèses retenues (20 000 € ou 33 000 € par mégawattheure). Ce montant ne couvre que l'électricité non livrée et exclut les réparations, les pertes économiques indirectes et les coupures non médiatisées. Le coût réel est donc bien supérieur.
Depuis 2000, la France subit au moins une vague de chaleur par an, souvent plusieurs. Entre 2016 et 2025, le nombre de jours de canicule a doublé par rapport à la décennie précédente. Si l'on retient deux épisodes majeurs par an, le coût visible des coupures atteint environ 120 millions d'euros annuellement. Cela équivaudrait à une hausse de 3 € par client et par an sur la facture d'électricité. Ce coût est récurrent et devrait augmenter avec le réchauffement climatique, ce qui en fait un enjeu structurel plutôt qu'un accident isolé.
Le critère B mesure la durée moyenne annuelle de coupure par client en basse tension, hors événements exceptionnels. En 2025, il s'élevait à 62 minutes par client et par an. Cependant, les coupures liées aux canicules, comme celle de juin 2026, ne sont pas incluses dans ce calcul, car elles sont considérées comme exceptionnelles. Les indicateurs officiels ne reflètent donc pas l'impact global du réchauffement climatique sur le réseau électrique. Le coût réel des coupures diffuses et chroniques reste ainsi invisible dans les statistiques publiques.
Enedis prévoit d'investir 96 milliards d'euros entre 2022 et 2040 pour renforcer la résilience du réseau, dont 1,2 à 1,3 milliard d'euros par an spécifiquement pour s'adapter au climat. Parmi ces dépenses, 5 milliards d'euros sont alloués au remplacement des câbles souterrains, vulnérables lorsque le sol dépasse 70 à 80°C. D'autres investissements concernent le réseau aérien (9,4 milliards d'euros) et les transformateurs (plus de 2 milliards d'euros). Ces montants sont comparables au coût annuel des coupures visibles, ce qui rend l'investissement justifié face aux dommages évités.
Le coût des coupures est diffus et supporté par les ménages et la collectivité, sans être clairement visible dans les factures. Les dédommagements réglementaires, comme les 2 € par kilovoltampère (kVA) pour chaque tranche de cinq heures de coupure au-delà de cinq heures consécutives, ne couvrent qu'une infime partie des pertes. À l'inverse, les investissements de résilience, financés via le tarif d'utilisation des réseaux (TURPE), sont directement visibles sur les factures. Ce décalage explique pourquoi il est difficile de justifier des dépenses contre un coût mal mesuré et réparti.
Pour mieux évaluer l'impact des canicules, il serait utile de refondre le calcul du critère B afin de distinguer clairement les aléas climatiques exceptionnels des changements structurels liés au climat. Cela permettrait aux collectivités locales, propriétaires des réseaux, de mieux identifier les vulnérabilités et de prioriser les travaux d'adaptation. Une meilleure transparence sur ces données aiderait aussi à informer les décisions locales et à renforcer la résilience du réseau face aux vagues de chaleur à venir.

