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Histoire

LVF, Division Charlemagne : les soldats français du Reich

Guerres & Histoire · mis à jour 17 mars

L’ enquête de plusieurs années est remarquable. Les archives incroyables sont pour beaucoup inédites.

Origine de la LVF

Le 22 juin 1941, l'Allemagne nazie lance l'opération Barbarossa, l'invasion de l'URSS. Cette offensive suscite l'enthousiasme des mouvements politiques d'extrême droite en France, notamment celui de Jacques Doriot, dirigeant du Parti populaire français (PPF). Ces groupes, farouchement anticommunistes, voient dans ce conflit une opportunité de s'allier avec les nazis. Ils décident alors de créer la Légion des Volontaires français (LVF), une unité de soldats français combattant sous uniforme allemand. Le 18 juillet 1941, plus de 15 000 personnes assistent à un meeting au Vélodrome d'hiver à Paris, où Doriot appelle à l'engagement. Parmi les volontaires, on trouve des pères de famille, des ouvriers, des médecins, des repris de justice, des aventuriers, mais aussi un enfant de 15 ans. Leur motivation principale est idéologique, bien que certains cherchent aussi à échapper à leur situation personnelle.

Formation et départ

Après leur engagement, les volontaires de la LVF sont envoyés dans une caserne à Versailles pour une formation militaire accélérée. Cette instruction, très sommaire, est dispensée par l'armée allemande. La majorité des recrues n'a jamais tenu une arme auparavant et ignore les bases du combat. Leur manque d'expérience est rapidement mis en évidence lors de leur transfert en Pologne. Les conditions climatiques extrêmes, avec des températures descendant jusqu'à -50°C, aggravent leur situation. Beaucoup de soldats, mal équipés et mal préparés, succombent au froid ou sont abandonnés sur place par leurs supérieurs. Cette phase révèle l'impréparation totale de la plupart des volontaires, qui ne sont pas des militaires professionnels mais des civils motivés par des convictions politiques.

Participation aux massacres

Dès leur arrivée à l'Est en 1941, les soldats de la LVF sont intégrés aux opérations de la Wehrmacht et des Einsatzgruppen, des unités mobiles chargées d'exécuter les opposants politiques et les populations juives. Les archives et témoignages montrent que les Français ont participé activement à des massacres de civils, notamment en Pologne et en Biélorussie. Par exemple, à Babi Yar en Ukraine, plus de 30 000 Juifs sont assassinés en deux jours par des unités allemandes, avec la collaboration de volontaires locaux. Les Français de la LVF ont tué des hommes, des femmes et des enfants, juifs et non-juifs, souvent dans le cadre de la Solution finale, le plan nazi d'extermination des Juifs d'Europe. Leur implication dans ces crimes de masse contraste avec les récits minimisant leur rôle après la guerre.

Déclin et Milice

À partir de 1943, la situation militaire de l'Allemagne se dégrade, notamment après les défaites de Stalingrad et de Koursk. Les volontaires français se font plus rares, et beaucoup de membres de la LVF rentrent en France. Certains rejoignent la Milice française, une organisation collaborationniste créée en 1943 pour lutter contre la Résistance. Ces miliciens apportent avec eux leur expérience des violences de masse acquise à l'Est. Leur mission en France consiste à traquer et à terroriser les résistants, en utilisant des méthodes similaires à celles employées contre les partisans en Biélorussie. Leur action vise à instaurer un climat de terreur pour éliminer toute opposition au régime de Vichy et aux nazis.

Bataillon Charlemagne

En 1944, face à l'avancée des Alliés et de l'Armée rouge, les derniers volontaires français fanatiques sont regroupés dans le Bataillon Charlemagne. Cette unité, intégrée à la Waffen-SS, est chargée de défendre Berlin en avril 1945, alors que les Soviétiques encerclent la ville. Le bataillon, composé de quelques centaines de soldats, participe aux combats désespérés dans les rues de la capitale allemande. Beaucoup de ses membres trouvent la mort lors de ces affrontements. Ceux qui survivent sont capturés par les Soviétiques ou les Alliés. Contrairement à d'autres collaborateurs, ces hommes ne renient pas leurs convictions après la guerre. Certains deviennent des figures des milieux négationnistes ou s'engagent en politique, notamment dans l'entourage de Jean-Marie Le Pen.

Ce que ça pourrait changer

Les auteurs du documentaire et des recherches associées ont découvert des archives exceptionnelles sur la LVF et la Division Charlemagne. Ces documents, incluant des films, des photos, des lettres et des archives judiciaires, révèlent l'engagement réel de ces soldats. Contrairement à l'image de simples auxiliaires éloignés des crimes nazis, les preuves montrent qu'ils étaient des partisans actifs de l'idéologie hitlérienne. Après la guerre, beaucoup de ces hommes ont continué à propager leurs idées, alimentant des courants négationnistes ou s'engageant dans des mouvements politiques d'extrême droite. Leur parcours illustre comment des civils, motivés par des convictions extrémistes, ont pu participer à des crimes de masse avant de devenir des acteurs de la mémoire controversée de cette période.

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