Derrière les panneaux marrons de l'autoroute, le visionnaire Jean Widmer
Ils ponctuent nos trajets de vacances sans qu'on connaisse leur auteur. Derrière les panneaux marrons d’autoroute se cache le travail d'un graphiste d’origine suisse, Jean Widmer, qui a "logotisé" le paysage français.
Résumé
Panneaux marrons emblématiques
Les panneaux marrons le long des autoroutes françaises, souvent ignorés malgré leur omniprésence, ont été conçus par le graphiste suisse Jean Widmer (1929-2026).
Ces panneaux signalent des sites culturels, touristiques ou gastronomiques avec des pictogrammes simples et universels.
Entre 1972 et 1978, Widmer a réalisé environ 500 visuels pour les autoroutes du sud de la France, marquant durablement l’identité visuelle des routes françaises.
Leur couleur marron a été choisie pour s’harmoniser avec les paysages, tandis que la police de caractères Frutiger, réputée pour sa lisibilité, a été utilisée pour faciliter la lecture à haute vitesse.
Origines du projet
En 1972, Henri Nardin, architecte missionné par le ministère des Transports, contacte Jean Widmer après avoir été impressionné par son travail sur l’identité visuelle du Centre de création industrielle.
Widmer, formé aux Beaux-Arts de Zurich, avait auparavant travaillé comme directeur artistique aux Galeries Lafayette et au Jardin des modes.
Son style, hérité de l’école suisse, se caractérise par une approche épurée et géométrique.
Nardin lui confie la mission de concevoir des panneaux pour promouvoir les richesses locales le long des autoroutes, en s’inspirant notamment du Guide vert Michelin.
Méthode de création
Pour créer ces panneaux, Widmer et son épouse ont parcouru les abords de l’autoroute A7 afin de documenter les sites à mettre en valeur.
De retour dans son atelier parisien, il s’inspire des hiéroglyphes égyptiens et des pictogrammes des Jeux olympiques de Mexico en 1968 pour simplifier au maximum les représentations.
L’enjeu était de rendre les informations compréhensibles à 130 km/h, une vitesse alors en plein essor en France.
Ses créations, parfois organisées en suites narratives, visaient à transformer l’autoroute, un non-lieu selon l’anthropologue Marc Augé, en un parcours culturel accessible.
Style et innovations
Widmer a opté pour des designs minimalistes et universels, rompant avec ses travaux antérieurs plus figuratifs.
Il a choisi la police Frutiger, déjà utilisée dans les aéroports de Paris, pour sa clarté.
Ses panneaux marrons, bien que souvent anonymes aujourd’hui, ont marqué l’histoire du graphisme en France.
Sandra Cattini, commissaire d’expositions et conservatrice, souligne que Widmer a su concilier simplicité et précision, tout en ancrant ces créations dans la mémoire collective.
Ce principe de logotisation du paysage a ensuite été repris pour d’autres projets, comme le logo du Centre Pompidou.
Héritage et postérité
Jean Widmer est décédé début 2026, laissant derrière lui un héritage visuel qui dépasse largement les panneaux marrons.
Son travail sur l’identité visuelle du Centre Pompidou, avec ses cinq barres pour les étages et son escalator en zigzag, reste une référence.
Bien que les panneaux marrons aient évolué vers des designs plus figuratifs et ne soient plus signés par Widmer, leur ambition initiale perdure : offrir un aperçu des richesses locales à haute vitesse et rendre les autoroutes plus accueillantes.
Son approche a influencé durablement le graphisme et la signalétique en France.
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