NapseflowNapseflow
Article externe

Avoir raison avec... Mary Shelley 4/5 : Une bête de sciences

France Culture - Savoirs· 30 juillet 2026
Avoir raison avec... Mary Shelley  4/5 : Une bête de sciences

Inspirée par les expériences de Galvani et les théories vitalistes, Mary Shelley interroge les dérives d’une science toute-puissante. Frankenstein s’inscrit dans la lignée des mythes du savant fou et du Prométhée autodéclaré, dénonçant l’hubris masculine et une rationalité déshumanisée.

Résumé

1

Mary Shelley pionnière

Mary Shelley, auteure de Frankenstein (1818), est considérée comme l'une des fondatrices de la science-fiction.

À travers son roman, elle explore les conséquences d'une science devenue toute-puissante, bien au-delà des salons où elle était autrefois discutée.

Son œuvre s'inscrit dans un contexte historique précis : le début du 19e siècle, marqué par des avancées scientifiques majeures comme la redéfinition de la matière par Lavoisier ou l'invention de la pile électrique par Volta.

Sophie Musitelli, professeure à l'université de Lille, souligne que Shelley transforme ces découvertes en une mise en garde littéraire contre les dérives d'une rationalité déshumanisée.

Le roman interroge ainsi les limites éthiques de la science, un thème toujours actuel.

2

Électricité et vie

L'électricité joue un rôle central dans Frankenstein.

À l'époque de Shelley, le galvanisme, popularisé par le physicien italien Giovanni Aldini, suscite un vif intérêt.

Aldini, neveu de Luigi Galvani, réalise des expériences spectaculaires en électrifiant des cadavres, donnant l'impression de les réanimer.

Ces expériences, très médiatisées, alimentent les débats sur la frontière entre vie et mort.

Shelley s'en inspire directement : dans son roman, le Dr Frankenstein utilise l'électricité pour animer sa créature.

Ce choix n'est pas anodin : il reflète une époque où la science, autrefois réservée aux élites, devient un outil de transformation du monde.

La phrase de Victor Frankenstein, « La vie et la mort ne me semblaient séparées que par des frontières théoriques », illustre cette obsession de repousser les limites de la connaissance, au risque de l'hubris.

3

Victor Frankenstein, savant moderne

Victor Frankenstein incarne l'idéal scientifique du début du 19e siècle.

Contrairement aux récits surnaturels de l'époque, sa créature n'est pas le résultat de magie, mais d'une démarche scientifique rigoureuse.

Shelley puise ses inspirations dans les savoirs de son temps : les travaux de Lavoisier en chimie, les expéditions de Bougainville ou Humboldt en biologie, et les écrits d'auteurs comme Cornelius Agrippa ou Albert le Grand, figures majeures de l'alchimie médiévale.

Certains historiens suggèrent même que le personnage de Frankenstein pourrait s'inspirer de Johann Conrad Dippel, un alchimiste du 17e siècle connu pour ses expériences sur la réanimation.

Frankenstein représente ainsi l'archétype du savant ambitieux, dont l'obsession pour la connaissance le mène à franchir des limites éthiques, préfigurant les débats contemporains sur l'éthique scientifique.

4

Science-fiction et avertissement

Avec Frankenstein, Mary Shelley inaugure un nouveau genre littéraire : la science-fiction.

Pour la première fois, l'horreur ne naît pas d'une force surnaturelle, mais des conséquences imprévues d'une avancée scientifique.

Le roman s'inscrit dans la lignée des mythes du savant fou et du Prométhée moderne, dénonçant l'arrogance humaine face à la nature.

Shelley y critique également l'hubris masculine, incarnée par Victor Frankenstein, dont l'ambition démesurée conduit à la destruction.

Sophie Musitelli précise que l'œuvre dépasse le simple récit fantastique : elle pose des questions universelles sur la responsabilité des scientifiques et les dangers d'une science sans éthique.

Ce thème résonne encore aujourd'hui, à l'ère des manipulations génétiques ou de l'intelligence artificielle.

5

Contexte historique clé

Le roman de Shelley est publié en 1818, une période charnière pour la science.

Les travaux de Lavoisier (1743-1794) ont révolutionné la chimie en définissant la matière comme un ensemble de substances transformables.

Alessandro Volta (1745-1827) invente la pile électrique en 1800, ouvrant la voie à l'électrotechnique.

Les expériences de Luigi Galvani (1737-1798) sur l'électricité animale, popularisées par son neveu Giovanni Aldini (1762-1834), suscitent à la fois fascination et crainte.

Ces découvertes alimentent les débats sur la nature de la vie et de la mort, thèmes centraux de Frankenstein.

Shelley, qui écrit ce roman lors d'un séjour en Suisse en 1816, s'inspire directement de ces avancées pour créer une œuvre qui reste, deux siècles plus tard, une référence majeure de la littérature et de la réflexion scientifique.

Commentaires (0)

Connecte-toi pour commenter

Se connecter

Aucun commentaire pour le moment.

Découvre plus de contenu sur Napseflow