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Le « ciment vert » ou les mascarades du greenwashing

Nelo Magalhães· 28 juillet 2026
Le « ciment vert » ou les mascarades du greenwashing

Alors que les ravages engendrés par l’industrie du béton sont désormais connus, ses acteurs promeuvent un innovant “béton vert” censé rectifier les méfaits. Problème : outre que ce ciment existe depuis 140 ans, il ne résoudra en rien les giga-problèmes engendrés par une production amenée à exploser. Mise au point historico-technique sur une poudre aux yeux. L’article Le « ciment vert » ou les mascarades du greenwashing est apparu en premier sur Terrestres.

Résumé

1

Industrie cimentière polluante

L’industrie cimentière est l’un des plus grands émetteurs mondiaux de CO2, responsable de 7 à 8 % des émissions mondiales chaque année.

Pour comparaison, elle dépasse les émissions combinées de l’aviation, du transport maritime et du transport routier longue distance.

Depuis 1990, plus de 71 % du CO2 produit par cette industrie a été émis, et les émissions ont doublé entre 2000 et 2020.

La demande mondiale de ciment devrait encore augmenter de 45 % d’ici 2050, notamment dans les pays du Sud global, où le modèle de développement occidental est reproduit.

Le ciment Portland, norme mondiale, est particulièrement polluant : sa production nécessite 1,3 tonne de calcaire et 200 kg d’argile par tonne, et libère environ 860 kg de CO2 par tonne produite en moyenne mondiale, dont 530 kg issus de la décarbonatation du calcaire.

2

Processus chimique inévitable

La principale source d’émissions du ciment ne vient pas de l’énergie utilisée pour le produire, mais de sa composition chimique.

Lors de la fabrication du clinker (ingrédient clé du ciment), le carbonate de calcium (CaCO3) se décompose en chaux vive (CaO) et en CO2, un phénomène appelé décarbonatation.

En France, cette étape représente aujourd’hui deux tiers des émissions de l’industrie cimentière.

Même avec des améliorations techniques (comme l’utilisation de fours plus grands ou de la voie sèche), ce processus chimique reste inévitable et impose un seuil minimal d’émissions de 600 kg de CO2 par tonne de ciment produite.

Les multinationales comme Lafarge ont tenté de réduire leur impact en utilisant des déchets comme combustible, mais cela ne change rien à la décarbonatation.

3

Technosolutionnisme et effet rebond

Le technosolutionnisme propose des solutions techniques pour réduire les émissions du ciment, comme l’électrification des fours, l’utilisation d’énergies alternatives ou l’amélioration de l’efficacité énergétique.

Cependant, ces avancées sont souvent annulées par l’effet rebond : la baisse des émissions par tonne produite est compensée par une augmentation globale de la production.

Par exemple, entre 1957 et 1992, l’énergie nécessaire pour produire une tonne de clinker en France est passée de 2 000 à 1 300 thermies, mais les émissions totales ont continué d’augmenter en raison de la hausse de la demande.

Les solutions techniques ne suffisent donc pas à résoudre le problème structurel.

4

Carbonatation : une fausse solution

Une partie du CO2 émis lors de la production de ciment peut être réabsorbée par le béton au cours de sa durée de vie, un phénomène appelé carbonatation.

Selon des études, jusqu’à 25 % des émissions pourraient être compensées de cette manière sur l’ensemble du cycle de vie d’un bâtiment.

Cependant, cette absorption a un coût : elle fragilise le béton en provoquant la rouille des armatures en acier, ce qui accélère sa dégradation.

Le béton armé carbonaté se fissure et se décompose en moins d’un siècle, rendant les bâtiments obsolètes prématurément.

De plus, le béton concassé (issu de la démolition) peut absorber 4 % de CO2 supplémentaire, mais cela nécessite de l’exposer longtemps à l’air, ce qui est contradictoire avec son utilisation comme matériau de construction.

5

Ciment vert : une alternative limitée

Face à l’impasse chimique, certaines entreprises comme Ecocem proposent un ciment vert en réduisant la part de clinker (remplacée par des ajouts cimentaires comme le laitier de hauts-fourneaux ou le filler calcaire).

Selon Ecocem, un ciment contenant 33 % de ces additifs pourrait diviser par cinq les émissions de CO2 par rapport au ciment traditionnel, avec une empreinte carbone de 419 kg par tonne.

En théorie, il serait possible de descendre à 150 kg de clinker par tonne de ciment, contre une moyenne mondiale actuelle de 770 kg.

Cependant, ces solutions restent limitées et ne résolvent pas entièrement le problème des émissions, notamment en raison de la dépendance aux coproduits industriels et de la complexité des processus de fabrication.

6

Greenwashing et délocalisation

Le greenwashing dans l’industrie cimentière se manifeste notamment par la délocalisation de la production de clinker vers des pays où les normes environnementales sont moins strictes.

Par exemple, les importations de clinker en France ont été multipliées par cinq entre 2013 et 2018, ce qui permet de réduire les émissions locales mais ne change rien au bilan global.

Les multinationales comme Lafarge mettent en avant des initiatives comme l’utilisation de 9 % de déchets dans leur mix énergétique en 2010, mais ces mesures restent insuffisantes face à l’ampleur du problème.

Les technologies de captage et de stockage du CO2 (CCUS) sont également présentées comme des solutions miracles, mais elles ne sont pas considérées comme une panacée par les experts.

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