Une infection à l’hépatite C augmenterait le risque d’infection par le VIH

Environ 6 % des personnes qui sont infectées par le VIH sont co-infectées par le virus de l'hépatite C.
Résumé
Hépatite C et VIH liés
Une étude menée par des chercheuses du Centre de recherche du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) révèle un lien entre l'infection par le virus de l'hépatite C et un risque accru d'infection par le VIH.
Les cellules immunitaires, normalement chargées de combattre l'hépatite C, deviennent en réalité des chevaux de Troie pour le VIH.
Ces cellules, appelées lymphocytes T CD4+, expriment davantage une protéine nommée CCR5, qui sert de porte d'entrée au VIH.
Plus le taux de virus de l'hépatite C dans le sang est élevé, plus cette porte s'ouvre largement, facilitant l'infection par le VIH.
Selon la professeure Naglaa Shoukry, directrice du Laboratoire d'immunologie du foie du CHUM, cette vulnérabilité est spécifique à l'hépatite C et n'est pas observée avec d'autres infections comme le cytomégalovirus.
Cellules immunitaires piégées
Les lymphocytes T CD4+ sont les principales cibles du VIH, car ce virus utilise leur machinerie cellulaire pour se reproduire.
Dans le cas d'une co-infection hépatite C et VIH, ces cellules, mobilisées pour combattre l'hépatite C, deviennent des réservoirs où le VIH peut se cacher durablement.
Même après la guérison de l'hépatite C et malgré un traitement antirétroviral efficace contre le VIH, des traces du virus persistent dans ces cellules.
Les chercheuses parlent d'une niche méconnue permettant la persistance du VIH, ce qui complique les objectifs de guérison totale du VIH.
Environ 6 % des personnes infectées par le VIH sont également co-infectées par le virus de l'hépatite C.
Mémoire immunitaire dangereuse
Lorsqu'une infection aiguë par l'hépatite C est résolue spontanément, le système immunitaire forme des lymphocytes T mémoire à longue durée de vie.
Ces cellules sont normalement bénéfiques, car elles permettent une réponse immunitaire plus rapide en cas de réinfection.
Cependant, dans le cas d'une co-infection avec le VIH, ces cellules mémoire peuvent abriter des réservoirs du virus, qui risquent d'être réactivés en cas de nouvelle exposition.
Une personne guérie de l'hépatite C peut donc conserver un réservoir de VIH plus important qu'une personne non infectée par l'hépatite C, comme l'illustre le cas d'un patient étudié : malgré l'élimination répétée de l'hépatite C, le VIH persistait dans ses lymphocytes T spécifiques à l'hépatite C.
Traitements actuels limités
Aujourd'hui, il est impossible d'éliminer complètement le VIH de l'organisme.
Les traitements antirétroviraux permettent de réduire la quantité de virus dans le sang à un niveau indétectable, mais le VIH reste présent dans des réservoirs cellulaires.
Si le traitement est arrêté, le virus réapparaît et la maladie progresse.
En revanche, l'hépatite C peut être guérie, et jusqu'à un quart des patients atteints éliminent spontanément le virus grâce à leur système immunitaire.
Cette guérison ne garantit cependant pas l'élimination du VIH, comme le montre l'exemple du patient étudié.
Les résultats de cette étude, publiés dans la revue The Lancet eBioMedicine, ouvrent des pistes pour développer des médicaments ciblant spécifiquement les lymphocytes T CD4+ infectés par l'hépatite C.
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