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Le ministère de la Défense réduit la place du français à travers le Canada

ICI Radio-Canada· 4 août 2026
 Le ministère de la Défense réduit la place du français à travers le Canada

Le ministère veut remédier aux « plaintes fondées » et à « la frustration » liée à la langue de travail.

Résumé

1

Nouvelle directive linguistique

Le ministère de la Défense du Canada a annoncé le 27 juillet 2026 une nouvelle directive pour déterminer la langue de travail dans ses unités et organisations.

Cette mesure s’appuie sur la Directive et ordonnance administrative de la défense (DOAD) 5039-2, mise à jour en janvier 2025.

Auparavant, certaines unités étaient classées comme bilingues, anglaises ou françaises selon leur localisation.

Désormais, la langue de travail dépend de la région linguistique où l’unité exerce ses activités.

Concrètement, cela signifie que des unités auparavant bilingues, comme le Collège militaire de Kingston, ne le seront plus et devront fonctionner exclusivement en anglais.

Cette décision vise à répondre à des plaintes fondées (31 en 2025-2026 contre 24 l’année précédente) et à une frustration liée aux obligations linguistiques dans les régions unilingues.

Le ministère souligne que cette approche permet de clarifier les règles et de se conformer à la Loi sur les langues officielles modernisée de 2023.

2

Régions concernées par le changement

La nouvelle directive réduit drastiquement les zones où le français reste une langue de travail officielle.

Seules certaines régions sont désormais considérées comme bilingues aux fins de la langue de travail : la Région de la Capitale nationale (Ottawa-Gatineau), la province du Nouveau-Brunswick, la région bilingue de Montréal, les autres parties du Québec désignées bilingues, ainsi que des zones de l’est et du nord de l’Ontario.

Dans ces régions, les employés et militaires peuvent travailler en français ou en anglais selon leur choix.

En revanche, dans toutes les autres régions du Canada, y compris une grande partie du Québec et de l’Ontario, les communications internes, les réunions et les documents de travail devront désormais se faire uniquement en anglais.

Le ministère précise que les unités situées dans des régions unilingues sont encouragées à aller au-delà des exigences minimales lorsque cela est possible, mais aucune obligation légale ne les y contraint.

3

Réactions politiques et critiques

La nouvelle directive a suscité de vives réactions parmi les partis politiques.

Le député conservateur Joël Godin a qualifié cette décision d’irresponsable et de choix du chemin le plus court, craignant que d’autres ministères ne suivent cet exemple.

La députée du Bloc québécois Christine Normandin a dénoncé une inégalité croissante entre les deux langues officielles, affirmant que pour des francophones, c’est à peu près impossible de travailler dans leur langue maternelle.

De son côté, Alain Dupuis, directeur général de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, a critiqué une approche qui ne respecte pas l’esprit de la Loi visant l’égalité réelle des deux langues officielles, adoptée en 2023.

Selon lui, cette décision va à l’encontre des efforts déployés pour renforcer la place du français au sein des institutions fédérales.

La FCFA a appelé le ministre de la Défense nationale, David McGuinty, à réviser cette mesure.

4

Conséquences pour les employés

Pour les fonctionnaires et militaires francophones travaillant en dehors des régions bilingues, cette directive signifie une perte de leur droit de travailler dans leur langue maternelle.

Les réunions internes, les communications officielles et les instruments de travail (comme les logiciels ou les manuels) devront désormais être en anglais.

Le ministère de la Défense assure que cette mesure vise à simplifier les obligations linguistiques et à réduire les frustrations liées aux difficultés de respecter les règles précédentes.

Cependant, des organisations comme le Collège militaire de Kingston, qui formait des officiers bilingues, voient leur statut linguistique revu à la baisse.

Le ministère n’a pas encore fourni de liste exhaustive des unités concernées par ce changement, faute de mécanisme centralisé pour suivre ces désignations.

Les employés sont donc invités à vérifier leur situation locale pour connaître la langue de travail applicable.

5

Contexte légal et enjeux

Cette décision s’inscrit dans le cadre de la Loi sur les langues officielles modernisée, adoptée en 2023, qui vise à renforcer l’égalité entre le français et l’anglais au Canada.

La loi de 2023 remplace l’ancienne version de 1988 et introduit des mesures pour mieux protéger les droits des francophones, notamment dans les provinces où ils sont minoritaires.

Le ministère de la Défense justifie sa nouvelle directive en expliquant que l’ancienne approche, basée sur des désignations d’unités, créait des incohérences et des difficultés pratiques, notamment dans les régions unilingues.

Cependant, des critiques soulignent que cette décision applique la loi de manière stricte, sans chercher à innover pour favoriser une égalité réelle entre les deux langues, comme le prévoyait le texte de 2023.

La FCFA rappelle que l’égalité réelle implique parfois de faire plus pour la minorité afin de compenser les déséquilibres existants.

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