Hyper-riches : des revenus du capital multipliés par quatre
En France, les 41 000 foyers les plus riches concentrent les revenus des actions et autres produits financiers. Des revenus du patrimoine financier qui se sont envolés sur les 20 dernières années.
En France, les hyper-riches désignent les 41 000 foyers fiscaux les plus fortunés, soit le 0,1 % de la population. Ce groupe représente un millième des ménages français et se distingue par des revenus annuels moyens d’un million d’euros avant impôts, selon les données de l’Insee pour l’année 2022. Leur particularité réside dans la composition de ces revenus : la moitié provient de leur patrimoine, comme les dividendes d’actions ou les intérêts de placements financiers. Par exemple, détenir des actions dans une entreprise peut rapporter des revenus réguliers appelés dividendes, tandis que les placements comme les livrets d’épargne ou les obligations génèrent des intérêts. Ces revenus du capital contrastent fortement avec ceux du reste de la population, pour qui ils ne représentent en moyenne que 5 % des ressources totales. Les hyper-riches se différencient donc par leur capacité à tirer des revenus significatifs de leur capital, bien plus que par leur travail ou leurs retraites.
Entre 2003 et 2022, les revenus des hyper-riches ont connu une croissance spectaculaire. Leur revenu total avant impôt a plus que doublé, augmentant de 119 %, passant à un million d’euros en moyenne par an. En comparaison, le revenu moyen du reste de la population a progressé de 46 % sur la même période. Cette différence s’explique en partie par une hausse plus rapide de leurs salaires et retraites, mais surtout par l’explosion des revenus du capital. En effet, les revenus des capitaux mobiliers (dividendes, intérêts, etc.) ont progressé de 295 %, soit une multiplication par près de quatre en moins de 20 ans. Par exemple, si en 2003 ces revenus représentaient moins d’un tiers des ressources des hyper-riches, ils en constituent aujourd’hui plus de la moitié. Cette évolution montre comment la détention de capital devient un levier majeur de richesse pour ces ménages.
La composition des revenus des hyper-riches diffère radicalement de celle du reste de la population. Pour les 41 000 foyers les plus riches, 48,7 % de leurs revenus proviennent du travail (salaires, revenus d’indépendants, retraites), tandis que 50,3 % proviennent du capital (dividendes, intérêts, revenus fonciers). Les 0,9 % restants correspondent à d’autres sources. À l’inverse, pour le reste des foyers fiscaux, 94,8 % des revenus viennent du travail, et seulement 4,9 % du capital. Cette répartition illustre le poids prépondérant du patrimoine dans la richesse des hyper-riches. Par exemple, un dividende est un revenu versé par une entreprise à ses actionnaires, proportionnel au nombre d’actions détenues. De même, les revenus fonciers proviennent de la location de biens immobiliers. Ces mécanismes permettent aux hyper-riches de diversifier leurs sources de revenus et d’accroître leur fortune.
Les écarts de revenus entre les hyper-riches et le reste de la population se creusent depuis 2003. Si les salaires des hyper-riches ont augmenté de 104 % contre 41 % pour les autres, et leurs pensions de retraite de 184 % contre 65 %, c’est surtout l’écart sur les revenus du capital qui est frappant. Les revenus de capitaux mobiliers ont bondi de 295 % pour les hyper-riches, contre 76 % pour les autres. Les bénéfices professionnels (revenus des indépendants) ont même baissé de 18 % pour les hyper-riches, alors qu’ils ont augmenté de 4 % pour le reste de la population. Les revenus fonciers, quant à eux, ont progressé de 27 % pour les hyper-riches et de 77 % pour les autres. Ces chiffres soulignent que la croissance des revenus des hyper-riches est principalement tirée par leur capital, et non par leur travail, contrairement à la majorité de la population.
Cette analyse s’appuie sur des données de l’Insee, l’institut national de la statistique et des études économiques français, publiées en 2025 et portant sur les années 2003 à 2022. Les calculs et interprétations sont réalisés par l’Observatoire des inégalités, une organisation indépendante qui étudie les disparités économiques et sociales en France. Les revenus sont mesurés en euros courants, c’est-à-dire sans ajustement pour l’inflation, ce qui signifie que l’augmentation des montants reflète à la fois la hausse des prix et la croissance réelle des revenus. L’étude met en lumière une tendance de long terme : la concentration des richesses entre les mains d’une infime minorité, et l’importance croissante des revenus du capital dans cette dynamique. Les données sont disponibles en accès libre sur le site de l’Observatoire des inégalités.

