Les négociations avec les États-Unis sont en train de diviser le régime iranien
L’Assemblée des experts a publié une déclaration rare et critique à l'égard des négociations menées avec Washington. L’article Les négociations avec les États-Unis sont en train de diviser le régime iranien est apparu en premier sur Le Grand Continent..
L’Assemblée des experts, un organe clé de la République islamique d’Iran composé de 88 religieux élus pour huit ans, a publié une déclaration rare et critique le 28 juin 2026. Cette institution, habituellement discrète et unie, a été divisée par les négociations en cours avec les États-Unis. Soixante de ses membres, représentant les deux tiers, ont signé un texte en dix points mettant en garde contre toute violation des « lignes rouges » fixées par le Guide suprême, Mojtaba Khamenei. Ce document appelle notamment à punir Donald Trump et Benyamin Netanyahou pour l’assassinat d’Ali Khamenei, décédé le 28 février 2026, et à exclure la question nucléaire des discussions avec Washington. Cette prise de position publique est exceptionnelle, car l’Assemblée des experts intervient rarement dans la vie politique et a toujours affiché une unanimité sans faille jusqu’à présent.
Les divisions au sein du régime iranien sont apparues après la mort d’Ali Khamenei et l’élection de son fils, Mojtaba Khamenei, comme nouveau Guide suprême. Ce dernier n’a obtenu le soutien que de 50 des 88 membres de l’Assemblée des experts, révélant des tensions internes. Trois des sept membres du conseil d’administration de l’Assemblée, dont le deuxième vice-président Alireza Arafi et le deuxième secrétaire Mohsen Araki, ont signé la déclaration critique. En revanche, le président et le vice-président, Mohammad Ali Movahedi Kermani et Hashem Hosseini Bushehri, ne l’ont pas signée. Cette fracture se reflète aussi dans les positions des hauts responsables : le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, et le président du Parlement, Mohammed Qalibaf, qui mènent les négociations avec les États-Unis, sont la cible de critiques publiques. Des slogans hostiles, comme « Mort à Araghchi » ou « Mort à quiconque fait des compromis », ont été scandés lors de rassemblements à Téhéran.
Les négociations entre l’Iran et les États-Unis, prévues à Doha au Qatar le 30 juin 2026, sont au cœur des tensions. L’Assemblée des experts critique notamment la réouverture du détroit d’Ormuz, jugée une « erreur stratégique » alors que la guerre se poursuit au Liban. Le texte signé par 60 membres exige que la question du programme nucléaire iranien soit exclue des discussions avec Washington. Ces positions s’opposent à celles des négociateurs iraniens, comme Abbas Araghchi et Mohammed Qalibaf, qui semblent prêts à adopter une approche plus pragmatique. Les divisions au sein du régime reflètent un clivage entre les partisans d’une ligne dure, opposés à tout compromis avec les États-Unis et Israël, et ceux qui privilégient une approche plus flexible pour sortir de l’isolement international.
Quelques heures après la publication de la déclaration, le présidium et le secrétariat de l’Assemblée des experts ont publié un communiqué pour rappeler que les positions officielles de l’institution doivent être établies par ses organes de direction. Cette clarification souligne les tensions internes et la difficulté à maintenir une ligne unifiée. Les critiques publiques envers les négociateurs, comme Abbas Araghchi, montrent que les divisions ne sont pas seulement institutionnelles, mais aussi populaires. Les manifestations hostiles à Téhéran illustrent le malaise d’une partie de la population et des partisans du régime face aux concessions potentielles dans les négociations avec les États-Unis. Ces tensions pourraient affaiblir la position iranienne lors des discussions à Doha.

