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Incontournable du petit déjeuner irakien, le “qaimar” est menacé

Courrier International· 1 août 2026

Préparée à partir de lait de bufflonne selon une méthode ancestrale, cette spécialité emblématique de l’Irak voit son avenir s’assombrir sous l’effet de la sécheresse, qui met à rude épreuve les troupeaux dont elle dépend, raconte le site “Jummar”.

Résumé

1

Qu'est-ce que le qaimar ?

Le qaimar est une crème laitière irakienne, à mi-chemin entre la crème fouettée et un produit caillé, obtenue à partir de lait de bufflonne.

Ce produit est traditionnellement servi au petit déjeuner irakien, étalé sur un kahi, une pâtisserie composée de fines couches de pâte feuilletée recouverte de miel.

Son goût est décrit comme riche et son arôme comme très particulier.

La fabrication du qaimar repose sur un savoir-faire ancestral, notamment dans la région de Babylone, où la famille Abdallah perpétue cette tradition depuis des générations.

Le processus inclut une traite biquotidienne des bufflonnes, à 5 heures du matin et à 17 heures, suivie d’un mélange des laits et d’un pilage manuel dans des récipients traditionnels appelés saffari, à l’aide d’un bâton en bois de mûrier pour préserver le goût.

2

Le rôle des buffles

Les buffles jouent un rôle central dans la production du qaimar, car leur lait est la matière première indispensable.

Dans la région de Saddat Al-Hindiyah, près de l’Euphrate, les buffles sont élevés en liberté dans un environnement marqué par les roseaux, les arbres et les chemins de terre.

Ces animaux, adaptés aux zones humides, ont besoin de grandes quantités d’eau pour survivre, surtout en été où ils doivent être immergés plusieurs heures par jour pour éviter l’épuisement.

En 2025, l’Irak a connu sa pire sécheresse depuis 1933, ce qui a directement menacé leur survie et, par ricochet, la production de lait.

Les éleveurs, comme la famille Abdallah, doivent désormais faire des choix difficiles pour préserver la santé de leur troupeau.

3

La sécheresse, menace majeure

La sécheresse persistante en Irak, aggravée par des conditions climatiques extrêmes, met en péril l’avenir du qaimar.

En 2025, le pays a enregistré son année la plus sèche depuis 1933, ce qui a réduit les ressources en eau de l’Euphrate, un fleuve vital pour les buffles.

Ces animaux, qui ont besoin de boire entre 50 et 100 litres d’eau par jour en période de chaleur, voient leurs conditions de vie se dégrader.

Les éleveurs doivent alors réduire leur cheptel pour subvenir aux besoins des bufflonnes restantes, car leur alimentation – composée de paille de blé, son, farine et graines de coton – devient trop coûteuse.

Cette situation met en lumière un cercle vicieux : moins d’eau signifie moins de lait, et donc moins de qaimar, un produit déjà menacé.

4

Un patrimoine en danger

Le qaimar n’est pas seulement un aliment, mais aussi un patrimoine culturel irakien, transmis de génération en génération.

La famille Abdallah, dernière à produire ce produit de manière traditionnelle, incarne cette transmission.

Leur méthode de fabrication exclut tout outil en fer, car celui-ci altérerait le goût de la crème.

Cependant, la sécheresse et l’augmentation des coûts d’élevage rendent cette pratique de plus en plus difficile à maintenir.

Les éleveurs avertissent que, sans intervention, la production de qaimar pourrait disparaître, emportant avec elle une partie de l’identité culinaire irakienne.

Leur appel à l’aide souligne l’urgence d’agir pour préserver à la fois les buffles et ce savoir-faire ancestral.

5

Les défis des éleveurs

Face à la sécheresse, les éleveurs de la famille Abdallah doivent faire face à des défis économiques et logistiques croissants.

Pour préserver la qualité du lait et la teneur en matières grasses, indispensable à la fabrication du qaimar, ils sont contraints de vendre une partie de leur troupeau afin de financer l’alimentation des animaux restants.

Cette stratégie, bien que nécessaire, réduit leurs revenus et menace leur mode de vie.

Les éleveurs soulignent que l’avenir est sombre, car les conditions de vie des buffles continuent de se dégrader.

Sans solutions durables pour lutter contre la sécheresse ou soutenir financièrement les éleveurs, la production de qaimar risque de s’éteindre, mettant en péril un héritage culinaire et agricole irakien.

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