«Tout ça a au moins créé du lien» : à Bordeaux, le tiers-lieu Darwin accueille les sinistrés des mégafeux en Gironde

Face aux incendies, Darwin, tiers-lieu emblématique de Bordeaux, a une nouvelle fois répondu présent pour accompagner les évacué·es d’une dizaine de communes, parfois effrayé·es par les conditions d’accueil au centre d’hébergement géant du parc des expositions, à quelques kilomètres de là.
Résumé
Incendies en Gironde
Depuis le 22 juillet 2026, la Gironde est touchée par des mégafeux qui ont brûlé plus de 42 000 hectares.
Ces incendies ont provoqué l'évacuation de 220 000 personnes, dont certaines ont été déplacées vers des lieux d'accueil comme le parc des expositions de Bordeaux ou le tiers-lieu Darwin.
Les communes les plus affectées, comme Saint-Jean-d'Illac, ont dû organiser des évacuations d'urgence, parfois dans des conditions difficiles.
Les pompiers et les services de secours tentent de stabiliser les feux, mais la situation reste critique pour les forêts et les habitants de la région.
Le tiers-lieu Darwin
Le tiers-lieu Darwin est un espace situé dans une ancienne caserne militaire de Bordeaux, sur la rive droite.
Inauguré en 2015, il s'étend sur 5 000 m² et accueille une diversité d'acteurs : entreprises, associations, foncières, ainsi que des initiatives écologiques et solidaires.
Darwin se distingue par sa capacité à s'adapter à différents usages : café, magasins, librairie, conciergerie solidaire, séminaires d'entreprises, et même hébergement pour des publics variés comme les sans-abri en hiver ou les familles de réfugié·es.
Ce lieu hybride est géré par Philippe Barre, l'un de ses créateurs, et symbolise une approche innovante de l'espace urbain et écologique.
Accueil des sinistrés
Depuis le 26 juillet 2026, entre dix et cinquante sinistrés des incendies sont accueillis chaque soir à Darwin.
Parmi eux, Tani, 23 ans, séparé de ses grands-parents évacués pour raisons médicales, ou encore Anne, 65 ans, éducatrice à la retraite, et son fils Nicolas, 16 ans.
Ces habitant·es de Saint-Jean-d'Illac ont refusé d'être envoyés au parc des expositions par peur de la promiscuité.
Darwin leur offre un hébergement temporaire sur des lits picots, dans une ambiance solidaire.
La fatigue et l'angoisse de ces personnes sont palpables, notamment en raison de l'incertitude quant à leur retour dans un environnement dévasté.
Rôle des bénévoles
L'accueil des sinistrés à Darwin a mobilisé plus d'une centaine de bénévoles, coordonnés par Amélie, infirmière et ostéopathe de 40 ans.
Cette dernière, née au Cap Ferret, a proposé ses services dès le vendredi 26 juillet pour organiser l'aide aux évacué·es.
Les bénévoles ont répondu massivement à un appel sur les réseaux sociaux, certains se chargeant d'acheter des fournitures essentielles comme des couches, de la nourriture ou des boissons.
Leur engagement reflète une solidarité spontanée, transcendant les âges et les professions, bien que l'accès aux zones sinistrées reste limité pour les volontaires.
Origine de Darwin
Le tiers-lieu Darwin occupe un site militaire désaffecté, anciennement utilisé par les Postes, télégraphes et téléphones (PTT) après la Seconde Guerre mondiale.
Philippe Barre, co-fondateur, a racheté en 2019 une partie de ce site pour en faire un lieu dédié à l'écologie et à la solidarité.
Il a également acquis 20 hectares à Camicas, près du bassin d'Arcachon, pour y expérimenter un modèle de gestion forestière alternative.
Ce projet vise à diversifier les espèces végétales et à lutter contre les monocultures de pins, tout en conservant des graines rares pour la régénération des forêts girondines.
Projets environnementaux
À Camicas, Philippe Barre a transformé un ancien terrain militaire en un conservatoire de graines de chêne vert, d’arbousiers et de figuiers.
Ce projet s'inscrit contre la pratique locale des coupes rases, où des forêts entières de pins sont abattues puis replantées de manière uniforme, fragilisant les écosystèmes.
L'objectif est de prouver qu'une gestion forestière diversifiée est possible.
Par ailleurs, Darwin pourrait bientôt héberger des pompiers ou des volontaires de la DFCI (Défense des Forêts Contre l'Incendie), avec l'espoir de mobiliser des donateurs locaux pour financer des véhicules adaptés à la lutte contre les incendies.
Solidarité post-incendie
Les sinistrés accueillis à Darwin, comme Anne et son fils Nicolas, expriment un mélange de soulagement et d'angoisse.
Anne, qui avait choisi Saint-Jean-d'Illac pour sa proximité avec la nature, craint de retrouver un paysage dévasté.
Malgré tout, ces jours passés ensemble ont créé des liens forts entre les évacué·es, qui envisagent de créer une auberge espagnole à leur retour : chacun·e apportera de quoi manger pour partager ces souvenirs.
Comme le résume Anne, « Tout ça a au moins créé du lien », soulignant l'importance de la solidarité dans l'épreuve.
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